Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405509

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405509
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a ordonné une nouvelle expertise médicale à la demande de Mme E, fonctionnaire victime d’un accident de service le 26 novembre 2018. Cette mesure vise à évaluer les préjudices subis autres que l’incidence professionnelle et la perte de gains professionnels futurs, déjà couverts par l’allocation temporaire d’invalidité. Le juge a fait droit à la requête sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, estimant la demande utile pour une éventuelle action en responsabilité contre l’État. La rectrice de l’académie de Grenoble ne s’y est pas opposée, mais les conclusions de Mme E au titre des frais de procès ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 23 juillet 2024 et le 6 août 2024, Mme E, représenté par Me Gerbi, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative de désigner un expert chargé de donner son avis sur les préjudices subis du fait de l'accident de service du 26 novembre 2018 autres que l'incidence professionnelle et la perte de gains professionnels futurs. Elle demande, en outre, que la somme de 800 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre des frais de procès.

Elle soutient que cette expertise sera utile dans le cadre de la procédure en responsabilité qu'elle est susceptible d'engager à l'encontre de l'Etat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, la rectrice de l'académie de Grenoble ne s'oppose pas à la tenue d'une expertise, mais conclut au rejet des conclusions relatives aux frais de procès.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence d'une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.

3. Il résulte de l'instruction que Mme E a été victime d'un accident de service le 26 novembre 2018. Par une ordonnance n°2100285 du 7 avril 2021, le juge des référés du présent tribunal a ordonné une expertise, confiée au docteur C, aux fins d'évaluer, notamment, le taux d'invalidité de Mme E à la suite de cet accident. L'expert a rendu son rapport le 4 octobre 2022. Par un courrier du 21 août 2023, la rectrice de l'académie de Grenoble a adressé à Mme E un dossier de demande d'allocation temporaire d'invalidité, à compléter. Le 23 octobre suivant, la rectrice a envoyé cette demande au ministère des finances, pour suite à donner.

4. L'ordonnance du juge des référés du 7 avril 2021 demandait à l'expert de donner son avis sur le taux d'invalidité de Mme E, mais ne lui demandait pas explicitement de se prononcer sur les préjudices autres que l'incidence professionnelle et la perte de gains professionnels futurs, qui seront couverts par l'allocation temporaire d'invalidité. La demande d'expertise présentée par Mme E aux fins de donner un avis sur ces éventuels autres préjudices présente donc un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, il y a lieu d'y faire droit dans les conditions précisées au dispositif de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives aux frais de procès :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme E présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Le docteur B C, domicilié au CHU de Grenoble, est désigné comme expert avec pour mission de :

1° - prendre connaissance des dossiers médicaux et de tous documents concernant Mme E et, détenus ou produits par le rectorat de l'académie de Grenoble et par Mme E et examiner l'intéressée ;

2° - donner son avis sur les préjudices subis par Mme E du fait de l'accident de service du 26 novembre 2018, autres que l'incidence professionnelle et la perte de gains professionnels futurs, en évaluer l'importance et la durée ;

3° - de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance du préjudice, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de Mme E et des représentants de la rectrice de l'académie de Grenoble.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 6 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E, à la rectrice de l'académie de Grenoble et à l'expert.

Fait à Grenoble, le 15 octobre 2024.

Le juge des référés,

S. D

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.