Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405519

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu la décision implicite du préfet de l'Isère refusant de délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans à M. A, ressortissant algérien marié à une Française. La condition d'urgence a été reconnue compte tenu de l'expiration de son récépissé et de son emploi en CDI. Un doute sérieux a été retenu sur la légalité du refus au regard de l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. La suspension est ordonnée jusqu'à ce que le tribunal statue au fond sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 23 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Muscillo, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans ou un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de procéder à un nouvel examen de sa demande de certificat de résidence algérien de dix ans dans les 15 jours de la décision à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : placé sous récépissés de demande de titre de séjour depuis deux ans, il est dans une situation précaire ;

- les moyens tirés de l'absence de motivation, du défaut d'examen complet de sa situation, de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis, du 2° et du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de son droit à exercer sa vie privée et familiale en France et de l'erreur manifeste d'appréciation, sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite de refus de lui délivrer un titre de séjour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 23 juillet 2024 sous le numéro 2405520 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 7 août 2024 en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, Mme C a appelé l'affaire et lu son rapport. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien âgé de 38 ans, est entré en France le 10 mai 2019. Le 25 janvier 2020, il s'est marié avec une ressortissante française et s'est vu remettre un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an, valable du 9 septembre 2020 jusqu'au 8 septembre 2021, renouvelé du 2 décembre 2021 au 1er décembre 2022. Le 24 octobre 2022, il a présenté une demande de délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, sur le fondement des stipulations de l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il s'est vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 2 août 2024. Il demande la suspension du refus implicite de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " Enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Eu égard à l'importance pour un étranger de disposer, pour son séjour et son travail en France, d'un titre lui permettant de justifier qu'il y dispose de tels droits, la condition d'urgence est en l'espèce remplie s'agissant de la situation de M. A, qui occupe un emploi de technicien depuis le 11 avril 2023 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, mais dont le récépissé de demande de titre de séjour a expiré le 2 août 2024.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la violation des stipulations du d de l'article 7 bis a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée et justifie que soit ordonnée la suspension de l'exécution de la décision implicite de refus de titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

6. L'exécution de la présente ordonnance implique que le préfet procède au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et lui délivre, sous huit jours, un document provisoire de séjour jusqu'à l'intervention d'une décision. Il n'y a pas lieu, en revanche, de prononcer une astreinte.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros à verser au requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois et de lui délivrer sous huit jours un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à l'intervention d'une décision.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 8 août 2024.

Le juge des référés,

Mme C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2