Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405640
mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405640 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, M. D C, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec interdiction d'y revenir pendant un an et a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
L'arrêté pris dans son ensemble
- est entaché d'incompétence ;
- est insuffisamment motivé ;
- est illégal en l'absence d'examen particulier de sa situation ;
Le refus de titre
- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article L. 435-1 du même code ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'interdiction de retour
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre et portant obligation de quitter le territoire ;
- est illégalement fondé sur l'article L. 612-7 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il ne s'est pas maintenu irrégulièrement au-delà du délai de départ volontaire et qu'aucune substitution de base légale n'est possible ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Triolet,
- et les observations de Me Huard, représentant M. C.
1. M. C, ressortissant angolais né en avril 1994, dit être entré en France le 17 février 2017. Il a présenté une demande d'asile puis une demande de réexamen, qui ont chacune été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 12 novembre 2018, puis le 9 janvier 2019. Il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire le 16 avril 2019. Il s'est présenté en préfecture le 27 février 2023 pour demander un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 10 juillet 2024, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, lui a interdit de revenir sur le territoire pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. Compte tenu de l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de M. C, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble
2. En premier lieu, par un arrêté du 15 avril 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de l'Isère a donné délégation à Mme B A, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté, qui mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet au requérant de contester les décisions qu'il comporte, est suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de cet arrêté que le préfet a procédé à un examen de la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour
5. M. C se prévaut de la présence de son père. Cependant, celui-ci n'est arrivé en France, depuis le Portugal, qu'en 2019 et il est autorisé au séjour par des titres annuels en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'UE, en l'occurrence le frère cadet du requérant, encore mineur et de nationalité portugaise. Leur installation en France est donc récente. En outre, le père et le frère du M. C demeurent à Rennes et s'il leur rend ponctuellement visite, le requérant est âgé de 30 ans et demeurait en France alors que son père vivait au Portugal. Par ailleurs, la circonstance que M. C a effectué " quelques travaux de bénévolat " au sein de l'association qui l'a recueilli en 2017, qu'il ait sympathisé avec plusieurs jeunes femmes de la communauté angolaise ou qu'il ait travaillé comme préparateur de commandes d'octobre 2021 à juin 2022 puis de mars à juin 2024 demeure insuffisante pour considérer que l'atteinte portée à sa vie privée et familiale serait disproportionnée par rapport aux motifs de police des étrangers qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Dans les circonstances énoncées au point précédent, M. C ne fait état de considérations humanitaires ou motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui justifierait de la régularisation de sa situation que ce soit au titre de sa vie privée et familiale ou subsidiairement en qualité de salarié.
7. Dans les mêmes circonstances, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences du refus de titre sur sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence doit être écarté. Il en est de même, pour les motifs précédemment exposés, des moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'interdiction de retour
9. Le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.
10. Pour interdire à M. C de revenir en France pendant un an, le préfet vise dans son arrêté les dispositions de l'article L. 612-7 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au maintien au-delà du délai de départ, qui ne correspondent pas à la situation du requérant ainsi qu'il le fait valoir. Cependant, la règle de droit qu'il énonce et applique est celle de l'article L. 612-8 du même code qui prévoit une interdiction de retour facultative, ainsi que le précise l'arrêté. Il en résulte que l'interdiction de retour n'est pas entachée d'une erreur de base légale mais de plume. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-7 doit être écarté.
11. En admettant même qu'elle empêcherait M. C de rendre visite à son père et son frère pendant un an, l'interdiction de retour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale et n'est pas entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des moyens d'annulation, ne peuvent qu'être écartés. Les conclusions en annulation doivent ainsi être rejetées, de même que les conclusions en injonction et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à me Huard et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Doulat, premier conseiller,
Mme Rogniaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
A Triolet
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
F. DoulatLa greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.