mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2405715 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique 7 |
| Avocat requérant | GERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Gérin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 17 juillet 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
3°) d'enjoindre à l'OFII, d'une part, de lui proposer une place en centre d'hébergement pour demandeurs d'asile, dans un délai de 24h sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, d'autre part, de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile jusqu'au terme de l'examen de sa demande d'asile, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 680 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la compétence de l'auteur de la décision n'est pas rapportée ;
- la décision n'est pas motivée ;
- il n'a pas bénéficié d'une information dans une langue qu'il comprend ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la présentation d'une nouvelle demande d'asile après un transfert ne figure pas dans les motifs de cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues par l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile et qu'il ne pouvait être de nouveau placé en procédure prioritaire ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête en procédant, si besoin, à une substitution de base légale en substituant aux dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les dispositions de l'article L. 551-15 de ce même code.
Il soutient, que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Samba-Sambeligue substituant Me Gérin, avocat de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, est entré en France le 1er mai 2023 et a présenté une demande d'asile le 9 mai 2023. A compter de l'enregistrement de sa demande d'asile, il a bénéficié des conditions matérielles d'accueil allouées aux demandeurs d'asile. Par un arrêté du 17 août 2023, le préfet de l'Isère a décidé de son transfert vers l'Espagne, pays considéré comme responsable de l'examen de sa demande d'asile où il a été réacheminé le 6 décembre 2023. M. A déclare être revenu en France le 10 décembre 2023. Il a de nouveau sollicité l'examen de sa demande d'asile le 3 juin 2024. Par courrier du 3 juin 2024, l'OFII l'a informé de son intention de cesser de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après transfert effectif. L'intéressé a présenté ses observations le 5 juin 2023. L'OFII a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil par décision du 17 juillet 2024 notifiée le 22 juillet 2024 dont M. A demande l'annulation dans la présente instance.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de droit et la substitution de base légale sollicitée par l'OFII :
4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Et aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; / 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. / Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ".
5. En l'espèce, il ressort des termes des décisions attaquées que le directeur de l'OFII s'est fondé sur le motif tiré de ce que le requérant n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile puisqu'il avait présenté une nouvelle demande d'asile après son transfert en Espagne. Or, cette seule circonstance n'est pas de nature à constituer un non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile par le requérant susceptible de fonder un refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
7. Pour établir que la décision contestée était légale, l'OFII fait valoir qu'elle pouvait être fondée sur les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette substitution de base légale ne privant le requérant d'aucune garantie, il y a lieu d'y procéder.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés :
8. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C, directrice territoriale de l'OFII, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par une décision du 24 avril 2023 régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ".
10. En l'espèce, la décision attaquée, qui indique les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé le 9 mai 2023, lors du dépôt de sa demande d'asile initiale et le 3 juin 2024, lors de sa demande de réexamen, des conditions de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil dans une langue qu'il comprend.
13. En quatrième lieu, M. A ne peut utilement critiquer son placement en procédure prioritaire par la préfecture de l'Isère au motif que l'examen de sa demande d'asile incomberait à la France à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision de l'OFII lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
14. En cinquième et dernier lieu, M. A fait valoir qu'il rentre dans la catégorie des personnes vulnérables dès lors qu'il souffre de la tuberculose. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'entretiens de vulnérabilité les 9 mai 2023 et 3 juin 2024 et que l'OFII a adressé à chaque fois au requérant un " kit Medzo " afin d'étudier son état de santé que celui-ci n'a pas complété ni retourné à l'OFII. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'OFII a commis une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de sa vulnérabilité.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions accessoires à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Gérin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.
La magistrate désignée,
E. BLa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026