Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2405952

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2405952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, fait droit à la demande du préfet de l'Isère et ordonne l'expulsion sans délai de M. C et de son fils mineur du logement géré par la société Adoma qu'ils occupent sans droit ni titre. Le juge a constaté que la demande d'asile de M. C avait été définitivement rejetée et qu'il s'est maintenu dans les lieux malgré une mise en demeure. La solution retenue se fonde sur les articles L. 551-11, L. 552-2 et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). L'urgence et l'utilité de la mesure ont été caractérisées par la saturation du dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département, le maintien de l'occupant faisant obstacle à la prise en charge de nouveaux demandeurs.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2024, le préfet de l'Isère demande au juge des référés :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. B C du lieu d'hébergement qu'il occupe Huda Adoma, 129 rue du Progrès à Seyssinet-Pariset (38170) ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée de l'intéressé ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de la société Adoma afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C à défaut pour lui d'avoir emporté ses effets personnels.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour statuer sur la requête ;

- la requête est recevable ;

- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. C a été définitivement débouté de sa demande d'asile et qu'il occupe irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter ;

- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.

La requête a été régulièrement communiquée à M. C, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience, tenue en présence de M. Müller, greffier.

Ont été entendu :

- le rapport de M. A,

- les observations de M. D représentant le préfet de l'Isère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité arménienne, a été admis avec son fils mineur le 1er juin 2023 dans un hébergement pour demandeurs d'asile situé 129 rue du Progrès à Seyssinet-Pariset et géré par la société Adoma. La demande d'asile de M. C et de son fils a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 4 septembre 2023, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 8 décembre 2023. Par courrier du 23 janvier 2024, remis en main propre contre signature, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a adressé une notification de sortie de son lieu d'hébergement. Par une lettre du 12 juin 2024, le préfet a mis en demeure M. C de quitter les lieux dans un délai de huit jours, mise en demeure restée sans effet.

2. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile de demandeurs d'asile dont les demandes ont été définitivement rejetées, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. Le préfet de l'Isère expose que le département dispose de 2 235 places d'hébergement pour demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil et 139 places pour les bénéficiaires de protection internationale vulnérables et en besoin d'accompagnement renforcé. Au 30 juin 2024, le taux d'occupation du dispositif était de 98,5%, le taux de vacance correspondant à des logements qui nécessitent d'importants travaux avant d'être réattribués. Enfin, 8,7% sont occupés par des personnes dont la demande d'asile a été définitivement rejetée alors que 940 demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil sont en attente d'un hébergement. Ainsi, compte tenu de la saturation du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile et en l'absence de toute observation de M. C qui n'a pas produit de mémoire en défense et n'était pas présent à l'audience du juge des référés, le préfet est fondé à soutenir qu'il est utile et urgent que M. C, dont le droit à hébergement a cessé, quitte le logement dans lequel il se maintient sans droit ni titre pour permettre l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion sans délai de M. C et de son fils mineur de l'appartement géré par la société Adoma. En l'absence de départ volontaire, le préfet de l'Isère est autorisé de faire procéder à son évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques du défendeur, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. C et à toute autre personne de son chef de quitter sans délai le logement qu'il occupe 129 rue du Progrès à Seyssinet-Pariset (38170).

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. C, le préfet de l'Isère pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de l'intéressé, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. B C.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 22 août 2024.

Le juge des référés,

JP ALe greffier,

Ph MULLER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.