Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406027

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme E et autres demandant la suspension d'un permis de construire délivré par la commune de La Ravoire à la SCI le 548 pour deux maisons. La solution retenue est fondée sur l'irrecevabilité de la requête, les requérants ne justifiant pas d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, faute de démontrer que le projet affecte directement leurs conditions d'occupation ou de jouissance de leur bien.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2024 et un mémoire, enregistré le 20 août 2024, Mme C E, M. D B et M. A E, représentés par Me Millet, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel l'adjoint au maire de la commune de La Ravoire a délivré à la SCI le 548 un permis de construire deux maisons d'habitation, sur un terrain composé des parcelles cadastrées D 138, D 184 et H 311 situé 548 rue Emile Zola ;

2°) de mettre à la charge de commune de La Ravoire la somme de 3000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la situation est urgente ;

- ils font état de moyen propres à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, lequel :

o est signé par une autorité incompétente ;

o a été délivré sur le fondement d'un dossier incomplet ;

o méconnaît :

* l'article UG4-5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Chambéry ;

* l'Article UG5-2 du même règlement ;

* l'Article UG5-3 du même règlement ;

* l'Article UG5-4 du même règlement ;

* l'Article UG6-2 du même règlement ;

* l'Article UG6-4 du même règlement ;

* l'Article UG7 du même règlement et l'Article R. 111-2 du Code de l'Urbanisme ;

* l'Article UG8 du même règlement ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, la SCI le 548 représentée par SELARL conseil affaires publiques agissant par Maître Benjamin Djeffal conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 3000 euros au titre des frais non compris dans les dépens ;

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- il n'est pas soulevé de moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, la commune de La Ravoire représentée par la SCP CDMF - avocats affaires publiques agissant par Me Fiat conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 3000 euros au titre des frais non compris dans les dépens ;

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir des requérants

- il n'y a pas d'urgence ;

- les moyens soulevés ne sont pas propres à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.

Vu :

* les autres pièces du dossier ;

- la requête n°241539, enregistrée le 16 mars 2024, par laquelle Mme E et autres demandent l'annulation de l'arrêté contesté.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 21 août 2024 à 10 heures.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, juge des référés

- et les observations de Me Millet, représentant Mme E et autres, de Me Fiat représentant la commune de La Ravoire et de Me Djeffal représentant la SCI le 548.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Madame E, Monsieur B et Monsieur E demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative de suspendre l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel l'adjoint au maire de la commune de La Ravoire a délivré à la SCI le 548 un permis de construire deux maisons d'habitation, sur un terrain composé des parcelles cadastrées D 138, D 184 et H 311 situé 548 rue Emile Zola, lequel a fait l'objet d'un permis de construire modificatif du 21 février 2024.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme E et M B sont propriétaires des parcelles H 427, H 428 à Challes Les Eaux et D 335, D 268 à La Ravoire et que M. E est propriétaire de la parcelle D 373 à La Ravoire. Ces parcelles sont contigües au terrain d'assiette du projet en cause. Il n'est fait état d'aucun élément permettant de renverser la présomption d'intérêt à agir susmentionnée des requérants. Contrairement à ce qui est soutenu, les requérants justifient ainsi d'un intérêt à agir et leur requête n'est pas irrecevable.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

6. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite ". En l'espèce, il n'est pas contesté que le délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge de l'annulation est proche de son expiration. Ni la commune, ni le bénéficiaire du permis ne font valoir d'élément de nature à renverser la présomption d'urgence découlant de ces dispositions. Dès lors, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est en l'espèce remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. Les requérants soutiennent que l'arrêté en litige est signé par une autorité incompétente ; qu'il a été délivré sur le fondement d'un dossier incomplet, en méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme dès lors que la notice n'expose pas le parti retenu pour assurer l'insertion du projet dans son environnement s'agissant de son implantation, sa composition ou son volume au regard des constructions avoisinante ce qui empêchait la commune de La Ravoire de se prononcer sincèrement sur la conformité du projet au regard notamment de l'Article UG5-3 ; qu'il est également incomplet au regard de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, dès lors que le terrain du projet n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique et que le plan de masse n'indique aucune servitude de passage ; qu'il est encore incomplet en tant qu'il a fourni, au titre de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, une attestation RT2012, quand était requise une attestation RE2020. Ils soutiennent également le projet méconnaît l'article UG4-5 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Chambéry qui limite la hauteur des construction à 9 mètres à l'égout de toit ; qu'il méconnaît l'article UG5-2 du même règlement car, alors que le terrain est déclaré comme strictement plat, il est procédé à un remblaiement général de l'ordre de 60 cm, non seulement sous la construction mais également tout autour et notamment dans les jardins ; que les pétitionnaires ont procédé à des indication frauduleuses en déclarant d'un " mur existant " sur limite de l'ordre de 60 cm ce qui est en réalité un muret d'environ 15 centimètres ; qu'il méconnaît l'article UG5-3 du même règlement, les deux constructions projetées ne présentant pas une simplicité de volumes et des gabarits adaptés à l'échelle générale des constructions avoisinantes ; qu'il méconnaît l'article UG5-4 du même règlement puisqu'il prévoit des clôtures sans aménagement d'ouvertures à leur base pour permettre le passage de la petite faune ; qu'il méconnaît l'article UG6-2 du même règlement qui exige que les espaces libres soient plantés à hauteur d'un arbre minimum par 100 mètres carrés, d'une part, et que des arbres soient plantés au sein de l'espace de stationnement à raison d'un arbre de haute tige pour quatre places de stationnement, d'autre part ; qu'il méconnaît de façon manifeste voire frauduleuse les dispositions de l'article UG6-4 du même règlement qui exige une part de production d'énergies renouvelables dans le bilan énergétique représentant à minima 30% du coefficient d'énergie primaire ; qu'il méconnaît l'article UG7 du même règlement et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme les deux places de la villa B n'étant accessibles que via la place extérieure de la villa A, configuration visant à faire manœuvrer pas moins de quatre véhicules dans un espace de moins de 70 mètres carrés, biscornu et contraint, et supportant encore une servitude de passage pour la maison existante, alors que le plan local d'urbanisme intercommunal exige que les aires de stationnement et leurs zones de manœuvre doivent pouvoir être réalisées en dehors des voies de circulation, sur le terrain d'assiette du projet ; qu'il sera impossible aux services de secours d'accéder à la maison existante ; que le projet ne prévoit pas de local ou emplacement clos et couvert destiné au stationnement des deux roues non motorisés ; qu'il méconnaît l'article UG8 du même règlement. En l'état de l'instruction aucun de ces moyens n'est propre à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.

8. Il résulte de ce qui précède, qu'une seule des deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative est satisfaite. Dans ces conditions les conclusions à fin de suspension de Mme E doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de commune de La Ravoire, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions des requérants en ce sens doivent être rejetées.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge des requérants une somme de 1000 euros qu'ils paieront à la commune de La Ravoire et la même somme qu'il paieront à la SCI le 548, au titre des frais non compris dans les dépens que ces dernières ont exposés.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 :Madame E, Monsieur B et Monsieur E verseront à la commune de La Ravoire une somme de 1 000 et la même somme à la SCI le 548 en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme C E, M. D B et à la commune de La Ravoire et à la SCI le 548.

Fait à Grenoble, le 2 septembre 2024.

Le juge des référés,

P. Thierry

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24060272