Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406030

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406030
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné la requête de Mme A, ressortissante algérienne, contestant l'arrêté du préfet de l'Isère du 10 juillet 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses demandes, estimant que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen complet de sa situation. Concernant le refus de titre de séjour, le tribunal a rappelé que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit exclusivement la situation des étudiants algériens, rendant inopérant le moyen tiré de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, la décision d'obligation de quitter le territoire français a été jugée légale, sans méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2024, Mme B A, représentée par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été procédé à un examen complet de sa situation ;

* S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle ;

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle ;

- la décision doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,

- et les observations de Me Huard, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 11 août 1997, est entrée en France le 11 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour. Elle a résidé régulièrement en France sous couverts de différents titres de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'au 24 août 2023. Elle a sollicité, le 24 juin 2023, le renouvellement de son dernier titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 juillet 2024, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Compte tenu de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu, par application des dispositions précitées, d'accorder provisoirement à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté du 10 juillet 2024 pris dans son ensemble :

3. L'arrêté en litige comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent, quand bien même il ne mentionne pas tous les éléments de fait dont Mme A entend se prévaloir. Par suite, il satisfait à l'exigence de motivation qu'imposent les articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Il ne ressort pas par ailleurs des termes de cet arrêté ni des pièces du dossier qu'avant de prendre les décisions contestées, le préfet aurait omis de procéder à un examen effectif de la situation de la requérante.

En ce qui concerne les moyens dirigés spécifiquement contre le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissant d'une manière complète et exclusive la situation des étudiants algériens en France, Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande d'autorisation de séjour présentée uniquement sur un fondement, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée.

6. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser le titre de séjour portant la mention " étudiant " sollicité par Mme A, le préfet de l'Isère s'est uniquement fondé sur l'absence de satisfaction des conditions posées par le titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien, sans rechercher d'office si Mme A pouvait se voir délivrer un titre de séjour sur un autre fondement. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que le refus de titre en litige méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de l'obtention par Mme A d'un diplôme de master II en septembre 2023 et de la validation de son cycle d'études supérieures, ce refus soit entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, alors que le master dont il s'agit portait sur le " génie des procédés et des bio-procédés " tandis qu'elle s'est inscrite pour l'année 2023-2024 en première année de licence " langues, littérature et civilisation, parcours en Anglais ".

En ce qui concerne les moyens dirigés spécifiquement contre l'obligation de quitter le territoire français :

8. Mme A n'établissant pas l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire Français.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

10. Si Mme A, âgée de 26 ans à la date de l'arrêté en litige, séjourne régulièrement en France depuis près de cinq ans, l'intégralité de son séjour est vouée à la poursuite d'études supérieures. Elle ne fait état d'aucune relation particulière sur le territoire français qu'elle aurait construite lors de ses années de présence. En revanche, elle a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans en Algérie, pays dont elle est ressortissante. Ainsi qu'il a été dit, si elle fait valoir qu'elle serait privée de toute possibilité de poursuivre ses études, il ressort des pièces du dossier d'une part que Mme A a obtenu le diplôme de M2 dans lequel elle était inscrite en 2022-2023 et ainsi validé son cycle d'études supérieures et, d'autre part qu'elle n'établit pas l'absence en Algérie ou dans tout autre pays où elle serait légalement admissible de formation lui permettant d'approfondir ou de compléter celle qu'elle a obtenue en France ni de formation équivalente à celle dans laquelle elle s'est réorientée en 2023-2024.

11. Mme A n'est ainsi pas fondée à soutenir que le préfet de l'Isère aurait commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée pour Mme A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Huard et à la préfète de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

G. LEFEBVRE

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

E. BEROT-GAY

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.