Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406116

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 6 août 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans et assignation à résidence. Le tribunal a jugé que la mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de son arrivée récente en France et de ses attaches familiales en Algérie. Il a également écarté les moyens d'illégalité soulevés contre les décisions accessoires, estimant que l'interdiction de retour et l'assignation à résidence étaient justifiées. La requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 août 2024 et le 6 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Motal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a désigné un pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une période de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a assigné à résidence pour une durée de trois mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée ;

- aucune menace à l'ordre public ne saurait être retenue ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- aucune perspective raisonnable d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français n'existe ;

- les modalités de présentation sont disproportionnées, au regard notamment de ses obligations professionnelles.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pollet été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 6 août 2024. Le préfet de la Haute-Savoie l'a assigné à résidence pour une durée de trois mois par un arrêté du même jour. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. M. A déclare être entré en France en 2023 où réside son frère titulaire d'une carte de résident et avoir créé une entreprise d'installation de fibre optique. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'arrivée de M. A présente un caractère récent. Par ailleurs, nonobstant la circonstance que son frère soit titulaire d'une carte de résident, il ressort des pièces du dossier que ses parents et deux de ses frères résident en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. En outre, la seule circonstance qu'il ait créé une entreprise d'installation de fibre optique n'est pas suffisante pour établir son intégration sur le territoire français. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

4. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de la contestation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

5. Il résulte du point 3 que l'exception d'illégalité de la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, excipée à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

7. M. A ne fait pas état de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi qu'il a été dit au point 3, il ressort des pièces du dossier que son entrée en France est récente. Il ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens avec la France. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite sans permis, excès de vitesse et conduite sans assurance. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, nonobstant la circonstance que le comportement de l'intéressé ne caractérise pas un trouble à l'ordre public, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

8. M. A soutient qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement vers son pays d'origine dès lors qu'il ne dispose pas d'un laissez-passer consulaire et que les relations diplomatiques entre la France et l'Algérie sont à ce jour compromises. Toutefois, ces allégations très générales ne permettent pas de démontrer qu'il n'existerait pas de perspectives raisonnables d'éloignement. Par suite, le moyen tiré du défaut de perspective raisonnable d'éloignement doit être écarté.

9. M. A soutient que les horaires de pointage ne sont pas compatibles avec ses obligations professionnelles dès lors qu'il est amené à réaliser des installations de fibre optique chez des particuliers à ces mêmes horaires. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier, que M. A a créé son entreprise d'installation de fibre optique et qu'il ne produit aucun élément de nature à établir l'existence de contraintes faisant obstacle à cette obligation de pointage. Dès lors, les modalités de l'assignation à résidence de M. A ne sont pas disproportionnées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions accessoires à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient

M. Vial-Pailler, président,

Mme Fourcade, première conseillère,

Mme Pollet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

MA POLLET

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406116