Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406193

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de M. C visant à suspendre le refus d'admission en première année de Master "droit privé et des affaires" à l'Université Grenoble Alpes. Le juge a reconnu la condition d'urgence remplie, compte tenu de la situation particulière du requérant, inscrit en double cursus avec l'école de management de Grenoble (GEM), et de la proximité de la rentrée universitaire. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais l'analyse porte sur les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de la décision au regard de l'article L. 712-2 du code de l'éducation et l'absence de délibération fixant les capacités d'accueil et critères d'admission, en application des articles L. 612-6 et L. 719-7 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2024, M. A C, représenté par Me Dandan, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 août 2024 par laquelle le doyen de la faculté de droit a rejeté son recours gracieux dirigé à l'encontre de la décision du 19 juillet 2024 par laquelle la responsable du pôle enseignement à distance de l'UFR faculté de droit de l'université Grenoble Alpes a refusé son admission en première année de Master parcours " droit privé et des affaires " ;

2°) d'enjoindre à l'université Grenoble Alpes de l'admettre en première année de Master dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'université Grenoble Alpes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- les décisions attaquées sont entachées de l'incompétence de leur auteur au regard des dispositions de l'article L. 712-2 du code de l'éducation ;

- il n'est pas justifié de l'existence ou de la publication d'une délibération approuvant les capacités d'accueil et les critères d'admission en première année de Master, aucune délibération n'a été transmise au rectorat en méconnaissance de l'article L. 719-7 du code de l'éducation ;

- les critères de sélection au master et les capacités d'accueil devaient être fixés par une délibération en application de l'article L. 612-6 du code de l'éducation ; la fixation des capacités d'accueil nécessite un dialogue avec l'Etat en vertu de ce même article ;

- les décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, l'université Grenoble Alpes, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Une pièce présentée par l'université Grenoble Alpes a été enregistrée le 4 septembre 2024, après la tenue d'une première audience à l'issue de laquelle la clôture d'instruction avait été repoussée au 4 septembre 2024 à 11 heures, et a été soumise au contradictoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2406192.

Vu :

- le code de l'éduction ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à une seconde audience publique du 9 septembre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Dandan, pour M. C qui fait en outre valoir à l'audience que la commission n'avait pas compétence directe pour prendre une décision sur la candidature du requérant et que les modalités d'admission des candidats au master issus de GEM, distinctes de celles des autres candidats, créent une rupture d'égalité ;

- et celles de MM. Delmotte et Miel, pour l'université Grenoble Alpes.

La clôture de l'instruction prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de son inscription en double formation à l'école de management de Grenoble (GEM) et en troisième année de licence de droit à l'université Grenoble Alpes (UGA), M. C a obtenu une licence de Droit au titre de l'année universitaire 2023-2024. Il a soumis sa candidature en première année de master de droit privé le 18 avril 2024. Le 19 juillet 2024, il a été informé du rejet de sa candidature. Son recours gracieux a été rejeté par le doyen de la faculté le 2 août 2024.

Sur l'étendue du litige :

2. L'UGA en défense a affirmé que le courrier du 19 juillet 2024 n'était qu'un courrier d'information de la décision de la commission d'admission compétente pour le Master auquel le requérant avait candidaté au titre de l'année 2024-2025. Il convient de considérer que les conclusions de suspension d'exécution sont dirigées contre cette décision.

Sur la demande de suspension d'exécution :

3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Le requérant fait valoir que faute d'avoir été admis en première année de master de droit privé à l'UGA, il ne peut poursuivre son projet de double cursus afin de devenir avocat. Le requérant expose, sans contestation sur ce point, que si effectivement il n'a pas postulé à d'autres master ce n'est qu'en raison de l'adaptation des enseignements du master de l'UGA en fonction des enseignements parallèlement poursuivis à GEM en vertu d'une convention de partenariat entre les deux établissements et notamment pour l'organisation des examens. Dans ces circonstances particulières, et alors que les cours du master vont débuter au cours du mois de septembre, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

6. En vertu de l'article L. 612-6 du code de l'éducation : " Les formations du deuxième cycle sont ouvertes aux titulaires des diplômes sanctionnant les études du premier cycle ainsi qu'à ceux qui peuvent bénéficier de l'article L. 613-5 ou des dérogations prévues par les textes réglementaires. / Les établissements peuvent fixer des capacités d'accueil pour l'accès à la première année du deuxième cycle. L'admission est alors subordonnée au succès à un concours ou à l'examen du dossier du candidat ". L'article L. 712-2 du même code dispose que : " () Le président assure la direction de l'université. A ce titre : / () 8° Il exerce, au nom de l'université, les compétences de gestion et d'administration qui ne sont pas attribuées à une autre autorité par la loi ou le règlement () Le président peut déléguer sa signature aux vice-présidents du conseil d'administration, aux membres élus du bureau âgés de plus de dix-huit ans, au directeur général des services et aux agents de catégorie A placés sous son autorité ainsi que, pour les affaires intéressant les composantes énumérées à l'article L. 713-1, les services communs prévus à l'article L. 714-1 et les unités de recherche constituées avec d'autres établissements publics d'enseignement supérieur ou de recherche, à leurs responsables respectifs.".

7. La décision rejetant la candidature de M. C au master de droit privé de l'UGA a été prise non par le président de l'université ou par le doyen de la faculté de droit qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature mais directement par la commission chargée d'examiner les demandes d'admission à ce Master. Cependant, il n'est établi par aucun élément de l'instruction que cette commission avait compétence pour adopter la décision finale relative à l'admission de M. C dans ce Master, décision finale qui ne pouvait être prise que par les autorités énumérées par l'article L. 612-6 du code de l'éducation, éventuellement éclairées de l'avis de la commission d'admission. Ainsi, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'incompétence de la commission pour statuer sur la candidature du requérant est propre à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées, ce alors même que le doyen de la faculté - qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature - a rejeté le recours gracieux.

8. Il y a lieu de préciser qu'aucun des autres moyens n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées - notamment les mentions de publication de la délibération portant approbation de la capacité d'accueil en master 1 droit privé par la commission de formation et de vie étudiante (CFVU) dès le 15 décembre 2023 et de transmission au rectorat ne sont pas remises en cause par l'instruction et font foi jusqu'à preuve du contraire, étant précisé que le caractère exécutoire de la délibération de la CFVU n'est pas conditionné par une publicité continue jusqu'en avril 2024 (date de dépôt des dossiers de candidature) mais d'une publication effective au moment de son édiction.

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de la commission rejetant la candidature de M. C ainsi que par voie de conséquence la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions d'injonction :

10. La présente ordonnance implique seulement que l'autorité compétente statue à nouveau sur la candidature de M. C dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'UGA le versement d'une somme de 1 200 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution des décisions de la commission d'admission au Master droit privé 2024-205 et celle prise par le doyen de la faculté de droit sur recours gracieux est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint à l'autorité compétente de l'UGA de statuer à nouveau sur la demande d'admission en Master de droit privé de M. C dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 :L'UGA versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. C et à l'université Grenoble Alpes.

Fait à Grenoble, le 9 septembre 2024.

Le juge des référés,

J. B

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406193