Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406225
jeudi 5 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406225 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MIRAN |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 août 2024, Mme C A, représentée par Me Miran, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 16 mai 2024 par laquelle la commission de médiation de l'Isère a refusé de reconnaitre comme prioritaire et urgente sa demande d'hébergement, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre à la commission de médiation de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la commission de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est à la rue avec son mari et leur enfant né le 31 mai 2024, alors au surplus que leur état de santé exige un hébergement ;
- elle fait valoir des moyens sérieux à l'encontre de la décision du 16 mai 2024, tenant au défaut de motivation, à l'irrégularité de la composition de la commission de médiation, à la méconnaissance des articles L. 441-2-3 III et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, la méconnaissance de l'article 3-1 de la CIDE, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, Mme A ayant volontairement quitté son hébergement ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 19 août 2024 sous le numéro 2406224 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Wyss, juge des référés,
- les observations de Me Huard, substituant Me Miran, représentant Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, de nationalité guinéenne, née à la date déclarée du 3 mars 2003, est entrée en France à une date inconnue. Le 6 février 2024, elle a présenté une demande d'hébergement pour elle-même et son mari. Par décision du 16 mai 2024 dont elle demande l'annulation, la commission de médiation de l'Isère a refusé de reconnaitre sa demande comme urgente et prioritaire.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
4. D'une part, il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Mme A fait valoir qu'elle est contrainte de dormir à la rue avec son mari et son très jeune enfant. Elle indique par ailleurs que l'état de santé de son mari, M. B, exige de manière impérative un hébergement stable. Il résulte toutefois que Mme A et son mari ont été hébergés du 27 au 29 mars 2023 à Voreppe et qu'ils ont quitté volontairement l'hébergement. En outre, ils ont refusé le 19 juillet 2024 un hébergement pérenne, toujours à Voreppe. Si Mme A explique ce refus par les soins reçus par son mari au centre hospitalo-universitaire de Grenoble, Voreppe se situe à proximité immédiate de Grenoble et est bien desservi par les transports en commun. Au demeurant, aucun programme de soins n'est produit. Par ailleurs, elle n'établit pas que les suites de son accouchement par césarienne le 31 mai 2024 justifierait par lui-même un hébergement alors que cet accouchement s'est déroulé sans problème particulier ainsi qu'il ressort du certificat médical produit. Par suite, Mme A s'est placée elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque et la condition d'urgence mentionnée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
6. D'autre part, compte tenu de ces éléments, aucun moyen de la requête n'est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, à Me Miran et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 5 septembre 2024.
Le président,
J.P. WYSS
Le greffier,
Ph MULLER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.