Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406289
mercredi 4 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406289 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 août et le 3 septembre 2024, M. A B, représenté par la Selarl Aboudahab, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution du refus implicite du préfet de l'Isère de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de le munir sous trois jours d'une attestation de prolongation d'instruction, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du préfet de l'Isère une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence doit être caractérisée dès lors qu'il disposait d'un titre de séjour, qu'il a demandé un changement de statut et présenté une demande d'autorisation de travail en cours d'instruction et pour laquelle il doit justifier de son séjour régulier ; que le préfet lui a délivré une première attestation de prolongation d'instruction de sa demande qui n'a pas été renouvelée ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que ce refus de délivrance est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et illégal, par voie d'exception, en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction qui méconnaît l'article R. 435-15-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- la requête enregistrée le 20 août 2024 sous le numéro 2406288 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bonino, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu Me Aboudahab, représentant M. B, qui se prévaut de deux moyens nouveaux tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-marocain dès lors que son client est illégalement empêché de voir sa demande de titre de séjour instruite.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né en septembre 1993, bénéficiait d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier valable du 21 août 2022 au 20 octobre 2023 délivré par la préfecture des Bouches-du-Rhône. Il indique avoir demandé un titre de séjour en qualité de salarié et justifie que le 5 octobre 2023 il s'est vu délivrer une " confirmation de dépôt d'une demande de renouvellement de titre de séjour ", puis le 25 mars 2024, une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 24 juin 2024. Cette attestation n'a pas été renouvelée à son expiration. Il a saisi le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qui a rejeté sa demande par ordonnance du 22 juillet 2024 au motif que le préfet avait implicitement rejeté sa demande de titre. Par la présente requête, M. B demande de suspendre l'exécution de ce refus implicite, dont il n'est pas contesté qu'il émane du préfet de l'Isère.
Sur la demande de suspension d'exécution :
2. Les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative permettent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
3. M. B que le refus de titre de séjour place en situation irrégulière sur le territoire français justifie d'une situation d'urgence, de plus fort alors qu'il n'est pas contesté par le préfet de l'Isère, qui n'a pas défendu, que sa demande d'autorisation de travail est en cours d'instruction.
4. En l'état de l'instruction, les moyens tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner la suspension de son exécution.
Sur les conclusions en injonction :
5. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. B une attestation de prolongation d'instruction ou tout document justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de procès :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant la demande de titre de séjour de M. B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. B une attestation de prolongation d'instruction ou tout document justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 4 septembre 2024.
La juge des référés,
A. C
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.