Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406320

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu la décision implicite du préfet de l'Isère rejetant la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A. Le juge a retenu que la condition d'urgence était présumée et établie, le requérant justifiant d'une perte d'emploi imminente. Il a également estimé que le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-1, L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2024, M. C A, représenté par Me Margat, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite du 10 août 2024, par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il lui soit délivré la carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " ou qu'il soit statué au fond sur sa demande ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler ou une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, renouvelable jusqu'à la délivrance du titre de séjour ou jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir et dans l'attente, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans les quarante-huit heures de la notification de l'ordonnance renouvelable jusqu'à la délivrance du titre de séjour ou jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que d'une part, elle est présumée, dans la mesure où il a présenté dans les délais un dossier complet de demande de renouvellement de titre de séjour, et que d'autre part, la décision va lui faire perdre son emploi d'animateur périscolaire ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les articles L. 423-1, L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions d'obtention des titres de séjour prévues par ces dispositions ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 21 août 2024 sous le numéro 2406306 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 4 septembre 2024 en présence de Mme Jasserand, greffière d'audience, M. Pfauwadel a lu son rapport et entendu les observations de Me Margat, avocate de M. A, qui a repris les moyens et conclusions de la requête et demandé en outre qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A une carte de séjour pluriannuelle.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " .

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant de délivrer un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus ainsi opposé sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. M. A, marié à une ressortissante française et entré en France sous couvert d'un visa de long séjour valable du 28 juillet 2023 au 27 juillet 2024, justifie avoir demandé le renouvellement de ce titre le 10 avril 2024. Il demande en référé la suspension du rejet implicite de cette demande.

4. Le préfet de l'Isère, qui n'a pas conclu en défense, n'a invoqué aucun élément pouvant faire obstacle à la présomption d'urgence rappelée au point 2. Le requérant justifie par ailleurs que faute de délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction, la commune qui l'employait comme animateur périscolaire refuse de renouveler son contrat. La condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est dès lors remplie.

5. En l'état de l'instruction le moyen tiré de la violation des dispositions des articles L. 423-1, L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Dès lors, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

6. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'office du juge des référés, la suspension de l'exécution du refus de titre de séjour implique seulement qu'il soit délivré à M. A une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond. Il est enjoint au préfet de l'Isère d'y procéder dans un délai de sept jours à compter de notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite du 10 août 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 5 septembre 2024.

Le juge des référés,

T. Pfauwadel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.