Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406341

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble annule l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B A, ressortissante comorienne, et l'a obligée à quitter le territoire français. Le tribunal retient que le préfet a commis une erreur de droit en omettant de statuer sur la demande de renouvellement du titre de séjour étudiant présentée sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a méconnu ces dispositions en refusant le renouvellement malgré la réalité et le sérieux des études poursuivies en alternance. En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de délivrer à Mme B A un titre de séjour portant la mention "étudiant" dans un délai de deux mois, et condamne l'État à lui verser 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2024, Mme C B A, représentée par Me Andujar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer le titre de séjour demandé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour contesté est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il ne statue pas sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant ;

- elle remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas correctement motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024, M. Ban a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante comorienne née le 25 novembre 2003, est entrée en France le 9 octobre 2020, sous couvert de son passeport revêtu d'un visa long séjour, valable du 23 septembre 2020 au 21 novembre 2021, portant la mention " mineur scolarisé ". Elle a ensuite obtenu en sa qualité d'étudiante un titre de séjour valable du 30 mars 2022 au 29 mars 2023. Le 9 mars 2023, elle a demandé à la fois le renouvellement de sa carte de séjour temporaire d'étudiante et, à la suggestion de l'agent au guichet, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 15 juillet 2024, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par sa requête, elle en demande l'annulation.

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire présentée par un ressortissant étranger en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

3. Il ressort clairement de la convocation de Mme B A à la préfecture de l'Isère le 9 mars 2023 et du récépissé de renouvellement de titre de séjour qui lui a été remis à cette occasion qu'elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour en sa qualité d'étudiante sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En omettant de se prononcer sur ce fondement, le préfet de l'Isère s'est mépris sur l'objet de la demande de Mme B A et a commis une erreur de droit.

4. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment du contrat d'apprentissage qu'elle a signé avec la société Saveurs d'Asie Lyon que Mme B A suit un enseignement à l'EBM Business School dispensé en alternance. La réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressée ne sont pas contestés. Dès lors, en refusant de lui renouveler un titre de séjour, le préfet de l'Isère a également méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 15 juillet 2024 du préfet de l'Isère doit être annulé.

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement d'annulation implique nécessairement que le préfet de l'Isère délivre à Mme B A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter la notification du présent jugement.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 juillet 2024 du préfet de l'Isère est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme B A un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B A la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

Mme Rogniaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le rapporteur,

J-L. Ban

La présidente,

A. Triolet Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406341