Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406348

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme B, une ressortissante étrangère diplômée en France, qui rencontrait des difficultés persistantes pour obtenir un rendez-vous en préfecture afin de déposer une première demande de titre de séjour "salarié". La requérante justifiait d'une promesse d'embauche imminente et de multiples tentatives infructueuses de prise de rendez-vous en ligne. Le juge a rappelé que l'administration doit fixer un rendez-vous dans un délai raisonnable et que, face à un dysfonctionnement avéré du système de prise de rendez-vous en ligne, la condition d'urgence est remplie. En conséquence, le tribunal a fait droit à la demande et enjoint au préfet de l'Isère de convoquer Mme B dans un délai de quinze jours pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2024, Mme A B, représentée par Me Bouchair, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de prendre toutes mesures qu'il estimera utiles afin de faire cesser l'inégal accès au service public d'accueil des étrangers souhaitant déposer une première demande de titre de séjour, la rupture de la continuité du service public, les atteintes aux droits élémentaires des étrangers souhaitant déposer une première demande de carte de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un rendez-vous en vue de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut un nouveau récépissé, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, le cas échéant, simultanément un récépissé ;

3°) De mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ; elle tente d'obtenir un rendez-vous depuis le mois de juillet 2024 pour faire enregistrer sa demande de titre de séjour mention salarié ; elle doit justifier d'un titre lui permettant de travailler en qualité d'ingénieur ; l'entreprise Worldgird souhaite la recruter à compter du 9 septembre 2024 en CDI ;

- la mesure est utile car il est indispensable de prescrire à titre conservatoire et provisoire à l'administration compétente de la convoquer personnellement dans un délai de 15 jours afin qu'elle puisse solliciter son admission au titre de séjour dès lors que cette démarche s'avère impossible en ligne ;

- la mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

2. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

3. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. Mme A B a bénéficié depuis le 7 septembre 2023 d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a obtenu en France un diplôme d'ingénieur informatique. Son futur employeur lui a proposé de la recruter à compter du 9 septembre 2024. Il s'est vu délivrer, à cette fin, une autorisation de travail par le Ministère de l'intérieur et des Outre-mer le 12 août 202. Mme B justifie avoir tenté à plusieurs reprises depuis juillet 2024 de prendre rendez-vous auprès de la préfecture aux fins de dépôt d'une demande de carte de séjour. La requérante soutient, sans être contredite par le préfet de l'Isère, qui n'a pas présenté de mémoire en défense, qu'en raison de l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous en préfecture, elle sera dépourvue de tout document attestant de la régularité de son séjour alors qu'elle justifie de la possibilité d'être employée dans le cadre d'un contrat à durée indéterminé par une société qui justifie d'une autorisation de travail. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, elle justifie de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d'obtenir rapidement un rendez-vous pour que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement. La condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par Mme B doit être regardée comme remplie, de même que la condition d'utilité de la mesure sollicitée, laquelle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de l'Isère de fixer à Mme A B un rendez-vous pour qu'elle puisse présenter une demande de titre de séjour dans le délai de 5 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui remettre à cette fin un récépissé l'autorisant à travailler si son dossier est complet. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte. Les conclusions de la requérante tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ne peuvent qu'être rejetées dès lors qu'elles excèdent l'office du juge des référés et, qu'au surplus, Mme A B ne justifie pas qu'elle devrait se voir délivrer un titre de séjour de plein droit.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Mme A B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme A B, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de convocation afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui remettre à cette fin un récépissé l'autorisant à travailler si son dossier est complet.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 900 euros à Mme A B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

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Fait à Grenoble, le 13 septembre 2024.

Le juge des référés,

C. VIAL-PAILLER

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.