Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406371
jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406371 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 août 2024 et le 10 septembre 2024, les sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France, représentées par Me Hamri, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le maire de Grenoble s'est opposé aux travaux déclarés pour l'installation d'un dispositif d'antennes 4G ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de Grenoble de délivrer au pétitionnaire une décision de non-opposition à la déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au maire de Grenoble de réinstruire la déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Grenoble une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
S'agissant de la condition d'urgence :
- l'urgence est caractérisée puisqu'il y a un intérêt public à la couverture du territoire national, que le site projeté permet de combler le trou de couverture et permet également d'assurer le transfert de data en raison de la saturation des stations à proximité, enfin que la décision litigieuse porte atteinte à la qualité de la couverture radiotéléphonique et fait obstacle à la continuité du service public des télécommunications ;
S'agissant des moyens propres à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- le projet objet de la déclaration préalable ne méconnaît pas les dispositions de l'article 5.2 du règlement du PLUi puisque l'impact visuel des antennes est minimisé depuis l'espace public et que les fausses cheminées sont implantées en retrait des façades.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, la commune de Grenoble, représentée par Me Poncin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérantes une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- en tout état de cause, la décision pouvait être fondée sur le motif tiré de ce que l'article UC1 5.2 du plan local d'urbanisme n'autorise la réalisation d'ouvrages techniques en toiture qu'à condition qu'ils soient indispensables au fonctionnement des constructions ; les fausses cheminées projetées sont également interdites par ce texte comme étant des pastiches d'architecture d'une autre époque.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 19 juillet 2024 sous le numéro 2405390 par laquelle Bouygues Telecom demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Zanon, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :
- Me Hamri, représentant les sociétés requérantes,
- Me Poncin, représentant la commune de Grenoble.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 avril 2024, la société Cellnex France a déposé une déclaration préalable de travaux en vue de l'installation d'infrastructures et d'équipements de radiotéléphonie mobile, au 78 avenue des Martyrs à Grenoble, pour le compte de l'opérateur Bouygues Télécom. Par un arrêté du 21 mai 2024, le maire de la commune de Grenoble s'est opposé aux travaux objets de la déclaration préalable. Les sociétés requérantes demandent la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour apprécier la satisfaction de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour suspendre l'exécution d'une décision d'opposition à déclaration préalable de travaux relatifs à l'implantation d'une antenne relais, il y a lieu de prendre en compte l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile tant 3G que 4G et la finalité de l'infrastructure projetée, qui a vocation à être exploitée par au moins un opérateur ayant souscrit des engagements avec l'État et dont le réseau ne couvre que partiellement le territoire de la commune.
5. Pour caractériser l'urgence, la société Bouygues Télécom verse une carte de couverture 4G Indoor qui révèle l'absence de couverture sur le site projeté et indique que l'implantation d'un nouveau relais couvrira environ 200 habitants supplémentaires en couverture 4G à l'intérieur des bâtiments. S'il est vrai que les cartes disponibles en ligne sur le site de l'ARCEP présentent une couverture de la zone par les réseaux Bouygues Télécom comme suffisante, cette carte ne révèle pas l'état de la couverture à l'intérieur des bâtiments, que les travaux objets de la déclaration préalable ont justement pour but d'améliorer. Dans ces conditions, et eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, tant 3G que 4G, la condition d'urgence doit être en l'espèce regardée comme remplie.
6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'absence de méconnaissance de l'article 5.2 de la zone UC1 du PLUi est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
7. Il résulte de ce qui précède, que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Grenoble du 21 mai 2024 jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. "
9. Les motifs de la présente ordonnance impliquent que la commune de Grenoble procède au réexamen de la déclaration préalable des sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prescrire l'exécution de cette mesure dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans ces mêmes circonstances, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Grenoble et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Grenoble, la somme réclamée par les requérantes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 21 mai 2024 du maire de la commune de Grenoble est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Grenoble de réexaminer la déclaration préalable des sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Telecom, à la SAS Cellnex France et à la commune de Grenoble.
Fait à Grenoble, le 12 septembre 2024.
La juge des référés,La greffière,
J. A A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.