Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406382
jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406382 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 août 2024, Mme D A, représentée par Me Vigneron, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une carte de résident de 10 ans et a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou subsidiairement, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ;
- la décision étant implicite elle méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ; elle n'est pas motivée en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision méconnaît l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle remplit toutes les conditions ; elle méconnaît également l'article L. 423-1 de ce code dont elle remplit également les conditions ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2406375.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 12 septembre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme C qui a soulevé à l'audience le moyen d'ordre public tiré de ce que faute de présentation personnelle en préfecture pour déposer une demande de carte de résident de dix ans, aucune décision implicite n'est née sur cette demande ;
- et les observations de Me Vigneron, pour Mme D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D est une ressortissante ivoirienne, née en 1980. Le 23 février 2019, elle s'est mariée avec un ressortissant français. Elle s'est vue délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " régulièrement renouvelé jusqu'au 20 mai 2024. Le 8 mars 2024, elle a sollicité, via la plateforme de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), le renouvellement de son titre de séjour. Face au silence de l'administration, une décision implicite de rejet est née et Mme D en demande la suspension.
Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre une décision implicite de rejet d'une demande de carte de résident :
2. Il résulte des dispositions de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration, s'effectue au moyen d'un téléservice. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-3 du même code, pour les demandes de titres autres que ceux concernés par la procédure définie à l'article R. 431-2, la demande est effectuée par comparution personnelle au guichet de la préfecture. Les premières demandes de carte de résident sollicitées sur le fondement de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne figurent pas sur la liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration du 1er juillet 2024, de sorte qu'une telle demande devait être déposée par présentation personnelle en préfecture.
3. S'il est établi que la requérante a tenté d'obtenir un rendez-vous à la préfecture pour déposer sa demande de carte de résident et qu'aucune plage horaire n'était disponible pour une prise de rendez-vous, il n'en demeure pas moins que le dépôt (par le téléservice ANEF) de sa demande de renouvellement de titre de séjour à laquelle elle a joint par mail une demande de délivrance d'une carte de résident n'a pu valablement saisir le préfet d'une demande de carte de résident. Il lui appartenait si elle s'y croyait fondée de solliciter du juge des référés qu'il enjoigne au préfet de lui accorder un rendez-vous en préfecture, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Dans cette mesure, aucune décision implicite de rejet n'est née sur sa demande de première délivrance d'une carte de résident et les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
Sur la demande de suspension d'exécution du refus de renouvellement du titre de séjour :
4. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
5. D'une part, la condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Faute de toute contestation du préfet de l'Isère qui n'a produit aucun mémoire en défense, la condition d'urgence doit être regardée comme remplit.
6. D'autre part, le moyen tiré de ce que le refus implicite de titre de séjour en litige méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. (). ".
8. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour en qualité de conjoint de français à Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme D d'une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme D est suspendue.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour en qualité de conjoint de français à Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 :L'Etat versera à Mme D une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.
Le juge des référés,
J. C
Le greffier,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°240638