Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406422
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406422 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 août 2024, Mme A C, représentée par le cabinet Estere, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de résident dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement sous astreinte journalière de 100 euros ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ;
- ce refus méconnaît les article 5 et 7 de l'accord franco-algérien ;
- le préfet de l'Isère a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'elle ne remplissait pas les conditions prescrites par l'article 5 de cet accord ;
- ce refus méconnaît l'article 16 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- l'illégalité du refus de titre de séjour prive l'obligation de quitter le territoire français de base légale ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, a été entendu le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née en juin 1986, est entrée régulièrement en France en avril 2021 où elle a bénéficié de certificats de résidence mention " passeport talent chercheur " puis " commerçant " jusqu'en mai 2023. Dans la présente instance, elle demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande tendant au renouvellement de ce dernier titre, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
2. Aux termes de l'article 5 de l'accord-franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 () ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ".
3. Les dispositions citées au point précédent ne subordonnent pas la délivrance ou le renouvellement du certificat de résidence qu'elles visent à la condition que les ressortissants algériens en retirent un niveau minimal de ressources. Par suite, le préfet de l'Isère ne pouvait légalement opposer à Mme C la circonstance que les ressources qu'elle a déclarées seraient trop faibles pour assurer sa subsistance.
4. En revanche, sauf à priver ces mêmes dispositions de toute portée, le préfet de l'Isère était fondé à subordonner le renouvellement du certificat de résidence de la requérante à la condition qu'elle exerce effectivement les activités qu'elle a déclarées pour obtenir ce titre. Sur ce point, Mme C a, en plus des pièces fournies en préfecture lors de sa demande, produit dans l'instance des factures émises antérieurement au refus en litige à destination de plusieurs de ses clients. L'ensemble de ces documents établissent la réalité de ses activités professionnelles. Par suite, le préfet de l'Isère ne pouvait légalement fonder le refus en litige sur la circonstance qu'elle n'en rapportait pas la preuve.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de la méconnaissance, par le refus en litige, des article 5 et 7 de l'accord franco-algérien et, en conséquence, d'en prononcer l'annulation pour excès de pouvoir. Il en va de même, par voie de conséquence, des mesures d'éloignement prononcées à l'encontre de Mme C.
6. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée au point 5 exige nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme C un certificat de résidence. Il y a lieu de lui impartir, pour ce faire, un délai de trois mois courant à compter de la date de notification du jugement. En revanche et dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer d'astreinte.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour de Mme C, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme C un certificat de résidence dans le délai de trois mois courant à compter de la date de notification du jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Permingeat, premier conseiller,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le rapporteur,
F. Permingeat
Le président,
T. Pfauwadel
Le greffier,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.