Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406438

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu l’exécution de la décision implicite de rejet du préfet de l’Isère concernant la demande de regroupement familial de M. C, ressortissant syrien bénéficiaire de la protection subsidiaire, au profit de son épouse. La condition d’urgence a été reconnue en raison de l’impossibilité pour le couple de vivre ensemble, compte tenu des risques en Syrie. Le juge a estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 434-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai de deux mois et a condamné l’État à verser 800 euros au titre des frais d’instance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2024, M. A C, représenté par Me Huard, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'accorder le regroupement familial ou de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision n'est pas motivée en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il remplit toutes les conditions pour que son épouse bénéficie du regroupement familial au sens de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2406442.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 10 septembre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Huard, pour M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant syrien, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle comme bénéficiaire de la protection subsidiaire. Il a sollicité le regroupement familial au profit de son épouse le 30 mai 2023, demande dont il a été accusé réception par l'OFII le 7 septembre 2023. Le requérant sollicite la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande née du silence gardé par le préfet de l'Isère.

Sur la demande de suspension d'exécution :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Le requérant fait valoir sans être contesté par le préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'il a entamé une relation de longue date avec son épouse et a contracté un mariage avec elle le 4 mai 2023. Il se prévaut de l'impossibilité pour lui de rendre visite à son épouse en Syrie, compte tenu des risques pour lesquels il bénéficie de la protection subsidiaire et des immenses difficultés pour se rencontrer dans des pays voisins de la Syrie. Par suite et dès lors que la décision du préfet fait obstacle à tout début de communauté de vie ou de projet familial, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tirés de ce qu'il remplit toutes les conditions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour que son épouse puisse bénéficier du regroupement familial est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de regroupement familial.

Sur les conclusions d'injonction :

6. La présente décision implique que le préfet de l'Isère réexamine la demande de regroupement familial déposée par M. C dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'accorder le regroupement familial à l'épouse de M. C est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de regroupement familial de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 :L'Etat versera à M. C une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. C et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 12 septembre 2024.

Le juge des référés,

J. B

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406438