Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406457

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du directeur académique de la Haute-Savoie refusant l’autorisation d’instruction en famille pour l’enfant B C, ainsi que la décision de la rectrice de l’académie de Grenoble rejetant le recours administratif préalable. Les requérants invoquaient l’urgence et un doute sérieux sur la légalité des décisions, notamment en raison d’une motivation insuffisante et de l’absence de prise en compte de l’intérêt de l’enfant. Le juge a estimé qu’aucun des moyens soulevés n’était de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2024, Mme E F et M. A C, représentés par la SELARL Gaillard Oster associés, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 11 juin 2024, par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale de la Haute-Savoie a refusé la demande d'autorisation d'instruction en famille pour leur enfant B C et de la décision en date du 19 juillet 2024 par laquelle la commission de l'académie de Grenoble présidée par la rectrice a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Grenoble d'accorder la demande d'instruction dans la famille pour l'année 2024-2025 de leur enfant à compter de la notification de l'ordonnance à venir et cela sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la rentrée scolaire est imminente, que l'inscription de leur enfant dans un établissement scolaire serait délétère pour son développement et ses apprentissages, que sa scolarisation, alors que son grand frère continuera l'instruction en famille, va entraîner une véritable situation de rupture d'égalité dans la fratrie ;

- la motivation de la décision du directeur académique des services de l'éducation nationale n'expose pas les considérations de fait et de droit ayant fondé la décision de refus ; la décision du 19 juillet 2024 ne se fonde sur aucun élément précis et est contradictoire avec la décision du même jour accordant l'autorisation d'instruction en famille pour leur fils aîné ;

- la décision du 19 juillet 2024 fonde le refus sur le fait que la situation de B ne serait pas incompatible avec sa scolarisation dans un établissement public ou privé, alors qu'il convient de déterminer la forme d'instruction la plus conforme à l'intérêt de l'enfant, ce que la rectrice n'a manifestement pas recherché ;

- il existe un intérêt spécifique à B de bénéficier d'instruction en famille en raison de sa situation propre, à savoir des parents avec des horaires décalés, le fait qu'il est très éveillé, son vif intérêt pour la nature et la musique, sa fréquentation d'enfants plus âgés et son grand frère en instruction en famille, et dans ces conditions, ce mode d'instruction tel qu'il est organisé est le plus favorable à l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 août 2024 sous le numéro 2406455 par laquelle Mme F et M. C demandent l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 12 septembre 2024 en présence de Mme Rouyer, greffière, M. Pfauwadel a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Oster, avocate de M. et Mme F ;

- les observations de Mme D, représentant la rectrice de l'académie de Grenoble.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par Mme F et M. C n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions de la requête aux fins de suspension doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions aux fins d'injonction et des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme F et M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E F et M. A C et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera délivrée à la rectrice de l'académie de Grenoble.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le juge des référés,

T. Pfauwadel

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.