Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406468

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu l'exécution du refus implicite du préfet de l'Isère de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie en raison de l'expiration prochaine du récépissé de l'intéressé et des conséquences sur son emploi. Il a également considéré que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien de 1968 était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, il a enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2024, M. A B, représenté par Me Coutaz, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution du refus implicite du préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans ou portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans les deux jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, le tout sous astreinte définitive de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il y a urgence à suspendre la décision contestée dès lors que son récépissé arrive à expiration le 14 septembre prochain et qu'il se retrouvera en situation irrégulière à cette date, avec risque de perdre son emploi ;

- le refus du préfet de lui délivrer un certificat de résidence d'un an méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le refus du préfet de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée le 17 mai 2024 sous le n° 2403416 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L'Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2024, en présence de Mme Muller, greffière :

- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,

- et les observations de Me Coutaz, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. M. B, ressortissant algérien née le 26 février 1979, déclare être entré en France le 4 août 2014. Il a bénéficié d'un premier certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " valable du 6 septembre 2021 au 5 septembre 2022, puis d'un second certificat valable du 21 novembre 2022 au 20 novembre 2023. Le 22 septembre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et s'est vu délivrer des récépissés de sa demande, dont le dernier est valable jusqu'au 13 septembre 2024. Compte tenu de la situation irrégulière dans laquelle il se trouvera à partir de cette date et des conséquences en découlant sur ses conditions de vie personnelle, en particulier sur la poursuite de son contrat de travail, la condition d'urgence est remplie.

3. Le moyen tiré de ce que le refus du préfet de l'Isère de délivrer au requérant un certificat de résidence méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est de nature, en l'état de l'instruction et en l'absence de défense du préfet, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner la suspension de son exécution.

4. Eu égard à ce qui précède, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. B et de statuer de nouveau par une décision expresse dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance et, durant ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui ouvrant les mêmes droits que ceux du titre de séjour sollicité, dans un délai de sept jours suivant la notification de la présente ordonnance. En l'état de l'instruction, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de l'Isère ayant implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. B et de statuer de nouveau sur sa demande par une décision expresse dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance et, durant ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui ouvrant les mêmes droits que ceux du titre de séjour sollicité, dans un délai de sept jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 12 septembre 2024.

Le juge des référés,

V. L'HÔTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.