Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406484

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble annule l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, ressortissant guinéen, et l'a obligé à quitter le territoire français. Le tribunal estime que le préfet a méconnu les articles L. 423-23 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de la vie familiale stable de M. A avec sa compagne et de la qualité de réfugiée de la fille de celle-ci, qu'il contribue à élever. Par conséquent, la décision de refus de titre de séjour est annulée, entraînant par voie de conséquence l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la fixation du pays de destination.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois et dans l'attente, lui délivrer un récépissé de demande de titre séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors que n'est pas prise en compte la qualité de réfugiée de la fille de sa compagne ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation du fait des conséquences qu'elle entraîne sur sa vie familiale ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors que n'est pas prise en compte la qualité de réfugiée de la fille de sa compagne ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation du fait des conséquences qu'elle entraîne sur sa vie familiale ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La procédure a été communiquée au préfet de l'Isère qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, premier conseiller,

- et les observations de Me Huard, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 11 mars 1973, a déclaré être entré en France le 11 décembre 2015. Il s'est vu délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " valable du 1er juillet 2022 au 30 juin 2023. Le 12 juin 2023, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des articles L. 433-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 (), et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ".

3. M. A établit, par les pièces qu'il produit au dossier, la continuité de sa vie de couple avec une compatriote depuis le mois de juin 2020 et la qualité de réfugiée de la fille de celle-ci, dont il contribue à l'entretien et l'éducation, depuis le 27 septembre 2018. Dans ces conditions, alors qu'il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que M. A ne remplirait plus les conditions requises pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 juillet 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de titre de séjour et par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

6. Le présent jugement implique, eu égard à ses motifs, que le préfet de l'Isère délivre une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " d'un an à M. A. Il y a lieu de lui prescrire de procéder à cette mesure dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, lui délivrer dans un délai de huit jours un récépissé de demande de titre séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à M. A en application des dispositions précitées.

D É C I D E :

Article 1er :L'arrêté du préfet de l'Isère du 22 juillet 2024 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire d'un an mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et, dans l'attente, lui délivrer dans un délai de huit jours un récépissé de demande de titre séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 :L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Permingeat, première conseillère,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

A. Derollepot

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.