Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406498

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour de Mme B C, ressortissante brésilienne. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le préfet de l'Isère avait délivré à l'intéressée une attestation de prolongation d'instruction, lui conférant les mêmes droits que son titre de séjour jusqu'au 8 décembre 2024. Cette attestation abrogeait implicitement la décision contestée. La requête a été rejetée, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, Mme A B C, représentée par Me Huard, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 26 août 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans et, à titre subsidiaire, d'adopter une décision explicite dans les quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler dans les quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

o elle méconnaît les articles L. 423-1 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'urgence n'est pas caractérisée dès lors qu'une attestation de prolongation d'instruction de la demande de titre de séjour a été délivrée à Mme B C.

Vu :

* les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2406499, enregistrée le 28 août 2024, par laquelle Mme B C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 10 septembre 2024 à 10 heures 45.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, juge des référés

- et les observations de Me Miran substituant Me Huard, représentant Mme B C.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante brésilienne, qui expose qu'elle séjourne régulièrement en France depuis 2017 où elle s'est mariée avec un français et est devenue mère d'un enfant également français, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 26 août 2024 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. La condition d'urgence qui justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif est remplie lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte de tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.

4. Le préfet de l'Isère fait valoir sans être contredit qu'il a délivré à Mme B C une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Cette attestation confère, jusqu'au 8 décembre 2024, à Mme B C les mêmes droits que ceux attachés au titre de séjour dont elle a demandé le renouvellement et abroge implicitement mais nécessairement la décision implicite de rejet dont Mme B C demande la suspension. Dans ces circonstances, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Dans ces conditions les conclusions à fin de suspension de Mme B C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Les conclusions à fin de suspension de la décision litigieuse de Mme B C devant être rejetées, la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions de Mme B C en ce sens doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère

Fait à Grenoble, le 16 septembre 2024.

Le juge des référés,

P. Thierry

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24064982