Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406531

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406531
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu le refus implicite du préfet de l'Isère de renouveler le titre de séjour de M. B, ressortissant centrafricain. La condition d'urgence a été reconnue car l'absence de renouvellement du récépissé a entraîné la suspension de son contrat de travail et l'a privé de ressources. Le juge a estimé que le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 421-1, L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. L'ordonnance enjoint au préfet de délivrer un récépissé avec autorisation de travail sous 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 août 2024, M. B, représenté par Me Margat, demande au juge des référés :

1°) à titre principal, de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, le refus implicite du préfet de l'Isère de renouveler son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'ordonner au préfet de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail ou une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travail dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : il est en situation irrégulière, son employeur a mis fin à contrat de travail et il est sans ressource ;

- il a déposé un dossier complet de demande de renouvellement de son titre de séjour et il continue de remplir les conditions de délivrance de son titre de séjour : il bénéficie d'une autorisation de travail et d'un contrat de travail ;

- les moyens tirés de la méconnaissance du défaut de motivation, du défaut d'examen de la situation du requérant, de la méconnaissance des articles L. 421-1, L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

La requête a été communiquée le 2 septembre 2024 au préfet de l'Isère qui n'a pas défendu.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 29 août 2024 sous le n° 2406512 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 11 septembre 2024 en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Margat pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de nationalité centrafricaine né le 24 novembre 1994 à Bangui (République centrafricaine), est entré en France le 18 septembre 2019 muni d'un visa étudiant. Il a obtenu un titre de séjour " emploi recherche " puis, en dernier lieu, un titre de séjour " salarié " valable du 20 janvier 2023 au 19 janvier 2024. Il a demandé le 30 octobre 2023 le renouvellement de son titre de séjour et a obtenu un récépissé de sa demande l'autorisant à travailler valable jusqu'au 11 juillet 2024 et qui n'a pas été renouvelé, malgré les demandes formulées par M. B.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " Enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que le récépissé l'autorisant à travailler n'ayant pas été renouvelé, l'employeur de M. B a suspendu le contrat de travail et ce dernier est désormais sans ressource. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie en l'espèce.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Compte tenu de l'absence de renouvellement de son récépissé et des termes des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet doit être regardé comme ayant implicitement refusé le renouvellement du titre de séjour de M. B.

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 421-1, L. 433-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".

8. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration, le juge des référés suspension ne pouvant décider une mesure qui a les mêmes effets qu'une annulation pour excès de pouvoir.

9. Compte tenu des motifs de suspension retenus au point 6, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à M. B le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder, dans un délai de 2 mois, au réexamen de la demande de M. B par une décision explicite, toujours sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La décision implicite du préfet de l'Isère refusant de renouveler le titre de séjour de M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de statuer à nouveau sur la demande de titre de séjour M. B dans un délai de deux mois par une décision explicite sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 11 septembre 2024.

Le juge des référés,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.