Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406545
mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406545 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 août 2024, M. A, représenté par Me Sène, demande au juge des référés :
1°) de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision implicite du préfet de l'Isère rejetant la demande de regroupement familial, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour pour son épouse au titre du regroupement familial, dans un délai d'un mois à compter de la notification sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie : il est bien inséré sur le territoire français et entretient une relation stable et ancienne avec son épouse ; eu égard aux couts engendrés par les voyages, il ne peut pas lui rendre visite fréquemment ;
- les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 434-2 et -7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
La requête a été communiquée le 2 septembre 2024 au préfet de l'Isère qui n'a pas défendu.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 29 août 2024 sous le numéro 2406541 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 11 septembre 2024 en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. D a lu son rapport et entendu les observations de Me Sène pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 11 septembre 1992 à Mbour (Sénégal), séjourne régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". il s'est marié le 17 octobre 2022 à Mme B, ressortissante sénégalaise, devant l'officier d'état civil de la commune de Mbour. Il a déposé le 24 novembre 2023 une demande de regroupement familial dont il a été accusé réception le 8 février 2024. Aucune réponse n'ayant été donnée à cette demande, une décision implicite de rejet est née le 8 août 2024 en application de l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " Enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il résulte de l'instruction que M. A a déposé le 24 novembre 2023 une demande de regroupement familial au profit de son épouse, dont il est éloigné depuis leur mariage le 17 octobre 2022. Il ne peut pas lui rendre visite au Sénégal en raison des coûts engendrés par un tel voyage. Dès lors, compte tenu de la durée de la séparation du couple, la condition d'urgence est remplie en l'espèce.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est susceptible de faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, la demande de suspension de l'exécution de la décision implicite refusant le regroupement familial doit être accueillie.
Sur les conclusions d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
7. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration, le juge des référés suspension ne pouvant décider une mesure qui a les mêmes effets qu'une annulation pour excès de pouvoir.
8. Compte tenu du motif de suspension retenu au point 5, il y a lieu d'enjoindre seulement au préfet de l'Isère de procéder au réexamen de la demande de M. A par une décision explicite dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant la demande de regroupement familial de M. A est suspendue.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de regroupement familial de M. A et de statuer à nouveau par une décision explicite dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Article 3 :L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.
Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 11 septembre 2024.
Le juge des référés,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.