Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406554
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406554 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 août et 17 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de M. et Mme B et D C du logement qu'ils occupent Foyer Les Poses, chambre D21, 275 rue de Ponthior à Cluses (74300) ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée de M. et Mme C.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour statuer sur la requête ;
- la requête est recevable ;
- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. et Mme C ont été définitivement déboutés de leur demande d'asile et qu'ils occupent irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter ;
- ils ont refusé sans motif deux hébergements d'urgence ;
- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, M. et Mme C demandent qu'un délai leur soit accordé pour quitter leur logement.
Ils soutiennent qu'ils sont maintenant en situation régulière, que M. C travaille à mi-temps dans une entreprise d'insertion et que Mme C ne peut pas travailler pour raison de santé et est en attente d'une allocation pour adulte handicapé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bourechak, greffière d'audience :
- le rapport de M. A,
- et les observations de M. et Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C, de nationalité kosovare, ont été admis le 1er février 2022 dans un hébergement pour demandeurs d'asile situé à Cluses et géré par le CCAS de Cluses. La demande d'asile de M. C a été définitivement rejetée le 15 février 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Celle de Mme C a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 novembre 2021. Mme C a fait l'objet le 15 mars 2022 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 13 mai 2022. Par courrier du 24 janvier 2022, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration leur a adressé une notification de sortie de leur lieu d'hébergement sans délai. M. et Mme C se sont maintenus indûment dans leur lieu d'hébergement, en dépit d'une mise en demeure de quitter les lieux du 20 novembre 2023. Par la présente requête, le préfet de la Haute-Savoie demande au juge des référés saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. et Mme C du lieu d'hébergement qu'ils occupent indûment et d'autoriser, en cas de besoin, le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles
L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. " ;
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile de demandeurs d'asile dont les demandes ont été définitivement rejetées, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Le préfet de la Haute-Savoie expose que le département dispose de 1 087 places d'hébergement pour demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil. Le taux de présence indue est de 12,6 % pour l'ensemble des structures du département et de 13,6 % pour les HUDA de Haute-Savoie au 29 février 2024 alors que 369 demandeurs d'asile ne sont pas hébergés. En outre, le dispositif d'hébergement d'urgence est lui-même saturé.
6. Il résulte également de l'instruction que la demande d'expulsion du préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Par ailleurs, si les défendeurs font valoir qu'ils sont maintenant régularisés et que Mme C a des problèmes de santé, ils se maintiennent sans droit ni titre dans le dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile depuis au moins le 28 juin 2023 et ont refusé à deux reprises des solutions d'hébergement proposées par l'HUDA. Toutefois, compte tenu de la situation sociale et financière des intéressés, il y a lieu de leur accorder un ultime délai d'un mois pour préparer leur sortie avec leur assistante sociale, avant de procéder à leur expulsion.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion de M. et Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance de l'appartement qu'ils occupent sans droit ni titre. En l'absence de départ volontaire dans ce délai, le préfet de la Haute-Savoie est autorisé de faire procéder à leur évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. et Mme C de quitter dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'ils occupent Foyer Les Poses, chambre D21, 275 rue de Ponthior à Cluses (74300).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. et Mme C dans ce délai, le préfet de la Haute-Savoie pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. B C et à Mme D C.
Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.
Fait à Grenoble, le 19 septembre 2024.
Le président,
J. P. ALa greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.