Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406556

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble annule l'arrêté du préfet de l'Isère du 14 mai 2024 refusant le renouvellement du titre de séjour de M. B, ressortissant pakistanais, et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction estime que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de l'intégration professionnelle et sociale de M. B en France depuis son arrivée mineur en 2015, de ses diplômes et de son activité entrepreneuriale stable. Le tribunal enjoint au préfet de délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de deux mois, sous astreinte, et condamne l'État aux frais d'instance. La décision s'appuie sur les articles L. 423-22 et L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2024, M. C, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de lui délivrer la carte de séjour sollicitée ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et dans l'attente de le munir d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas rapportée ;

- l'arrêté n'est pas motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beytout,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né en 2000, déclare être entré en France en 2015. Mineur, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance de 2015 à 2018. A compter de sa majorité, il a bénéficié de titres de séjour régulièrement renouvelés jusqu'en 2023. Le 23 juin 2023, il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle sur le fondement des articles L. 423-22 et L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Isère a rejeté sa demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi par un arrêté du 14 mai 2024 dont M. B demande l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

3. M. B, né en 2000, est entré en 2015 en France alors qu'il était mineur. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance de 2015 à 2018 puis il a séjourné sous couvert de titres de séjour régulièrement renouvelés jusqu'en 2023. En 2018, il a obtenu un diplôme d'études en langue française (DELF) de niveau B1 en français. Il a réussi un certificat d'aptitude professionnelle maintenance des bâtiments de collectivités en 2018 et un certificat d'aptitude professionnelle cuisine en 2020. En 2022, il a créé sa société de peinture dont il tire des revenus réguliers et supérieurs au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) depuis septembre 2023. Si le préfet de l'Isère indique dans l'arrêté que l'intéressé se rend régulièrement au Pakistan, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne s'y est rendu que deux fois depuis qu'il réside en France et qu'au cours de son premier séjour, le 4 mars 2021, il a épousé une ressortissante pakistanaise, sœur d'un compatriote rencontré en France. En outre, M. B soutient sans être contesté par le préfet de l'Isère, qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'il n'a plus de liens avec ses parents et ses frères et sœurs. Par suite, et alors même que l'épouse de M. B et les deux enfants issus de leur union résident au Pakistan, M. B est fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée et des conditions de son séjour en France.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mai 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique, eu égard à ses motifs, que le préfet de l'Isère procède au renouvellement du titre de séjour de M. B. Il y a lieu de prescrire au préfet de l'Isère un délai de deux mois à compter de la notification du jugement pour procéder à cette délivrance et dans l'attente de le munir d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Sur les frais de l'instance :

6. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".

7. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 900 euros à Me Schürmann, avocate de M. B, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 14 mai 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de procéder au renouvellement du titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et dans l'attente de le munir d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera la somme de 900 euros à Me Schürmann en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

E. BEYTOUT

Le président,

P. THIERRYLa greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.