Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406572
lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406572 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | OZEKI |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 août 2024, Mme C A, représentée par Me Ozeki, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de la demande d'abrogation de l'arrêté du 14 septembre 2023 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français et par voie de conséquence de l'arrêté du 14 septembre 2023 ;
3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ;
- la décision n'est pas motivée malgré la demande de communication des motifs adressée au préfet ce en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dans la mesure où elle est susceptible de bénéficier d'un titre de séjour au regard des dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne peut faire l'objet d'un éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et les moyens infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée sous le n°2406018.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 9 septembre 2024 à 9h30 au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Ozeki, pour Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante sénégalaise, est entrée en France le 20 octobre 2016. Elle a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " conjoint de français " dont elle a demandé le renouvellement. Par arrêté du 15 septembre 2023, le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité en raison de la rupture de la vie commune, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. La légalité de cet arrêté a été confirmé par le tribunal de céans. Par un arrêté du 12 juin 2024, la requérante a été assignée à résidence dans le département de la Drôme pour une durée de quarante-cinq jours, prolongée par arrêté du 18 juillet 2024. Par courrier du 7 février 2024, la requérante a demandé au préfet de prononcer l'abrogation de son arrêté du 15 septembre 2023. Elle demande la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur sa demande d'abrogation.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de suspension d'exécution :
3. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant d'abroger un refus de titre de séjour assorti d'une mesure d'éloignement, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
5. En l'espèce, il est établi par l'instruction que Mme A a été victime de violences conjugales graves et que son ex-époux a été condamné à trois reprises depuis 2017 pour ces faits répétés de violence. Il est établi qu'à aucun moment la requérante n'a fait état de ces violences conjugales, ni au moment de sa demande de renouvellement de titre de séjour, ni même dans son recours dirigé contre l'arrêté du 14 septembre 2023. Ce n'est que lorsqu'elle a fait l'objet d'un arrêté d'assignation qu'elle a porté à la connaissance du préfet ces faits lors de sa demande d'abrogation de l'arrêté du 14 septembre 2023. Ce silence a été expliqué à l'audience par le conseil de la requérante par sa situation de détresse psychologique, attestée par le certificat médical produit ainsi que son isolement qui n'a pas permis à Mme A de comprendre sa situation administrative et la nécessité d'accepter de faire état des violences subies aux services de la préfecture avant sa demande d'abrogation. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, compte tenu de sa durée de présence en France, de sa détresse psychologique avérée et du fait qu'un routing est organisé pour un transfert dans son pays d'origine le 10 septembre 2024, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'absence de motivation au regard des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et de l'erreur de droit au regard de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite rejetant sa demande d'abrogation de l'arrêté du 14 septembre 2023.
Sur les conclusions d'injonction :
7. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de la Drôme de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ozeki renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à lui verser.
O R D O N N E :
Article 1er :
Article 2 :Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
L'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande d'abrogation de l'arrêté du 14 septembre 2023 du préfet de la Drôme est suspendue.
Article 3 :Il est enjoint au préfet de la Drôme de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance
Article 4 :L'Etat versera une somme de 500 euros à Me Ozeki sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.
Article 5 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, à Me Ozeki et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.
Le juge des référés,
J. B
Le greffier,
P. Müller
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°240657