Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406703

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406703
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGIACOMETTI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant centrafricain, contestant l'arrêté du préfet de l'Isère du 29 août 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Il a également jugé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme n'était pas fondé. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Giacometti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle bénéficiaire de la protection subsidiaire.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation et méconnait de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des traitements inhumains qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine qui est dans une situation très instable.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative devenu l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-centrafricaine du 26 septembre 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant centrafricain né le 7 mars 2000, est entré sur le territoire français en 2016. Après avoir été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, il a suivi une scolarité au lycée Mounier et obtenu des cartes de séjour temporaires mention " travailleur temporaire " valables entre le 2 mai 2018 et le 30 octobre 2019 puis entre le 7 février 2022 et le 6 février 2023. Le 3 janvier 2023, il a demandé le renouvellement de son titre de séjour et a obtenu un récépissé l'autorisant à travailler jusqu'au 16 février 2024. Le 28 août 2024, il a fait l'objet d'une interpellation par les services de police pour des faits de vol avec violences. Par l'arrêté attaqué du 29 août 2024, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. B demande l'annulation de ces décisions. Par un autre arrêté du même jour, le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence dans le département de l'Isère.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. () ". Aux termes de l'article L. 732-8 du même code : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. " Aux termes de l'article L. 921-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours. " Aux termes de l'article L. 922-1 du même code : " Lorsque le recours relève du chapitre Ier du présent titre, l'affaire est jugée dans les conditions prévues au présent chapitre. Il en est de même lorsque le recours relève de l'article L. 911-1 et que le délai de jugement est abrégé en application des troisième ou avant-dernier alinéas du même article L. 911-1. " Enfin, aux termes de l'article L. 922-2 du même code : " Le recours est jugé par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres du tribunal () ".

3. En application de ces dispositions, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance s'y rapportant.

Sur les conclusions d'annulation des décisions attaquées :

4. L'arrêté attaqué a été signé par M. Laurent Simplicien, secrétaire général, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par le préfet de l'Isère par arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit donc être écarté.

5. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. M. B soutient que la situation d'insécurité et sanitaire en Centrafrique l'exposerait à des traitements et à des dangers contraires aux stipulations précitées. Toutefois, il n'apporte pas des éléments circonstanciés de nature à établir qu'il serait susceptible d'être spécifiquement visé en raison d'éléments propres à sa situation personnelle. Dès lors, la seule invocation d'informations d'ordre général sur le contexte de violence et sanitaire de ce pays ne suffit pas à établir qu'il existe des motifs sérieux et avérés de croire que M. B, s'il retourne en Centrafrique, court, du seul fait de sa présence, un risque réel de menace grave contre sa vie ou sa personne, au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, alors d'ailleurs que le requérant n'a pas déposé de demande d'asile depuis son entrée en France, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet de l'Isère en fixant la Centrafrique comme pays de destination ainsi que celui tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Giacometti et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

J-L. A E. Berot-Gay

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.