Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406745
mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406745 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2024, M. B, représenté par Me Zouaoui, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet d'effacer son signalement au fichier européen de non admission.
M. B soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'incompétence ;
- est entaché d'un défaut de motivation ;
- est entaché d'un défaut d'examen personnel de sa situation ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fourcade a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant kosovar né le 6 février 1985, déclare être entré en France le 21 mai 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 mars 2024, non contestée. A la suite d'un contrôle d'identité effectué le 6 août 2024, le préfet de la Haute-Savoie a par l'arrêté contesté du même jour obligé M. B à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.
2. L'arrêté du 6 août 2024 est signé par M. A, directeur de la citoyenneté et de l'immigration de la préfecture de la Haute-Savoie, qui disposait d'une délégation de signature du 15 décembre 2023, régulièrement publiée, en cas d'absence ou d'empêchement des membres du corps préfectoral. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté manque en fait.
3. L'arrêté contesté comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles il a été pris. Le préfet de la Haute-Savoie n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments tenant à la situation personnelle dont M. B entend se prévaloir. Ainsi, l'arrêté attaqué est motivé et ne traduit pas un défaut d'examen de la situation du requérant par le préfet.
4. M. B, célibataire, sans enfant, réside en France depuis un an et deux mois à la date de la décision attaquée. Il ne justifie d'aucune insertion professionnelle. La présence de sa sœur est France n'est pas établie par les pièces du dossier. Il a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans dans son pays d'origine où il n'allègue pas être dépourvu d'attaches. Dans ces circonstances, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, il ne saurait être reproché au préfet d'avoir commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
5. Le moyen tiré de la méconnaissance par la décision portant interdiction de retour en France, des stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, reprend les mêmes arguments que ceux développés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français. Il ne peut qu'être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient
M. Vial-Pailler, président,
Mme Fourcade, première conseillère,
M. Villard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
La rapporteure,
F. FOURCADE
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.