Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406789
vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406789 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Kummer, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner au préfet de l'Isère, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de lui délivrer une convocation dans les quinze jours afin de pouvoir déposer sa demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 440 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il y a urgence à ce qu'il puisse déposer sa demande de titre de séjour dès lors que ses tentatives pour obtenir un rendez-vous échouent depuis plusieurs mois, qu'il ne peut plus travailler, qu'il ne peut pas s'inscrire à France Travail et qu'il ne peut bénéficier des prestations sociales ;
- la mesure demandée est utile puisqu'il lui permettra de déposer sa demande de délivrance d'un titre de séjour auquel il a droit ;
- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. "
2. M. C, ressortissant marocain né le 25 juillet 1993, est entré en France en 2001, à l'âge de 7 ans. A sa majorité, il a bénéficié d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'au 28 novembre 2021. S'il reconnaît ne pas en avoir sollicité le renouvellement avant l'expiration de son titre, il fait valoir que depuis fin 2023, il essaie en vain d'obtenir un rendez-vous en préfecture pour déposer sa demande de délivrance d'un nouveau titre.
3. M. C justifie, par les pièces qu'il produit et qui ne sont pas discutées en défense par le préfet de l'Isère qui n'a pas produit, avoir tenté à de nombreuses reprises de prendre rendez-vous sur la plateforme dédiée de la préfecture depuis au moins juillet 2024. Il indique également qu'ayant perdu son emploi fin 2023, il ne peut s'inscrire sur la liste des demandeurs d'emploi compte tenu de l'irrégularité de son séjour en France. Il est, par ailleurs, père de deux filles résidant sur le territoire français. Dans ces circonstances, compte tenu de l'impossibilité à laquelle se heurte le requérant d'obtenir un rendez-vous depuis plusieurs mois et de son droit à voir sa situation administrative examinée dans un délai raisonnable, la condition de l'urgence doit être regardée comme étant remplie.
4. La mesure que M. C sollicite présente un caractère d'utilité puisqu'elle lui permettra de déposer une demande de titre de séjour et de voir son droit au séjour en France examiné. Elle ne se heurte par ailleurs à l'exécution d'aucune décision administrative.
5. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de donner, sous dix jours, un rendez-vous à M. C dans un délai qui ne pourra excéder un mois afin de permettre à celui-ci de déposer sa demande de titre de séjour. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
6. Compte tenu de l'urgence qu'il y a à statuer sur le recours de M. C, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
7. M. C étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Kummer renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kummer de la somme de 600 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à ce dernier.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. C dans le délai dix jours suivant la notification de la présente ordonnance un rendez-vous qui ne pourra intervenir dans un délai excédant un mois, afin de permettre à l'intéressé de déposer sa demande de titre de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Kummer, avocat de M. C, une somme de 600 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros lui sera versée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
V. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.