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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2406893

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406893

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2024/023 du 27 février 2024 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans les quarante-huit heures ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la mesure d'éloignement est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée des mêmes vices que le refus de titre de séjour ;

- la décision désignant le pays de destination est entachée de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le préfet de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 août 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Letellier a lu son rapport. Me Mathis a présenté des observations pour M. B. Le préfet de la Savoie n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais âgé de 56 ans, est entré en France, le 17 octobre 2016 sous couvert d'un visa de long séjour. Le 3 octobre 2022, il a demandé un changement de statut de son visa, en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les autorités en charge du travail ont refusé de lui délivrer une autorisation de travail. Par arrêté du 27 février 2024, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer le titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour lui permettre de le contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet de la Savoie aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation du requérant. Le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. M. B fait état des liens forts qu'il a noués depuis son arrivée en France en tant que prêtre au sein du diocèse de Savoie. Toutefois, le requérant, sans attache familiale, a passé l'essentiel de sa vie en République démocratique du Congo et notamment au sein du diocèse de Matadi au sein duquel il a vocation à retourner. S'il a nécessairement noué des liens amicaux et de confiance avec des paroissiens durant sa mission pastorale en France qui a expiré le 31 août 2022, rien ne fait obstacle à ce qu'il retourne dans son pays d'origine où il pourra être suivi médicalement pour les problèmes de santé dont il souffre. La circonstance qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche n'est pas suffisante alors qu'en tout état de cause, les services du travail ont refusé de lui accorder une autorisation de travail. Dans ces conditions, le préfet de la Savoie n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision attaquée doit être écarté.

7. Pour les motifs déjà exposés ci-dessus dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de titre de séjour, les moyens selon lesquels la décision obligeant M. B à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. La mesure d'éloignement n'étant entachée d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 février 2024 doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées par son avocat sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mathis et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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