Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406909

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406909
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 6

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B. Celui-ci contestait l'arrêté du préfet de la Haute-Savoie du 5 septembre 2024 prolongeant d'un an son interdiction de retour sur le territoire français, portant la durée totale à deux ans. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, estimant que l'arrêté était suffisamment motivé et ne révélait pas un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant. La décision a été prise en application des articles L. 612-7, L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, M A B, représenté par Me Zouaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a prolongé d'un an l'interdiction de retour d'une durée d'un an prononcée à son encontre par le préfet de l'Isère aux termes d'un arrêté du 5 septembre 2023, portant ainsi la durée totale de l'interdiction de retour dont il fait l'objet à deux ans.

2°) d'effacer le signalement fait par le préfet de la Haute-Savoie à son encontre dans le fichier européen de non admission.

.

M B soutient que :

- l'arrêté n'est pas motivé ;

- il est entachée d'un défaut d'examen ;

- il est entaché d'une violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux article L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 19 septembre 2024 à 10H35, M. Vial-Pailler a présenté son rapport et constaté l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code précité : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. "

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que si la présence de l'intéressé sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public, une prolongation d'interdiction de retour d'une durée de 1 an peut être prononcée à son encontre dès lors qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 5 septembre 2023 à laquelle il s'est soustrait, qu'il n'est présent sur le territoire français que depuis 3 ans, ne justifie pas d'attaches

familiales ou personnelles en France et n'établit pas être démuni de lien familial dans son pays d'origine où réside toute sa famille, qu'ainsi cette prolongation d'interdiction ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Si le requérant soutient que le préfet n'a pris en compte les " éléments favorables " à sa situation, cette circonstance ne saurait, en tout état de cause, par elle-même révéler une insuffisance de motivation. Au surplus, il n'est pas contesté par le requérant qu'il n'était pas autorisé à travailler en l'absence d'un titre de séjour ou d'une autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. En outre, dans ces circonstances, M B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute Savoie s'est contenté de prolonger son interdiction de retour pour une durée d'un an en rappelant simplement qu'il a fait d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il a pris sa décision sans daigner se référer à l'ancienneté, et à sa situation particulière. Par suite, le moyen selon lequel l'arrêté serait entaché d'un défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M B s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il avait fait l'objet le 5 septembre 2023, d'une obligation de quitter le territoire français, et d'une interdiction de retour d'une durée d'un an, prononcée à son encontre par le préfet de l'Isère, ce qui n'est pas contesté par l'intéressé. Dans ces conditions et alors que par ailleurs M B ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires, et qu'il ne justifie pas de l'impossibilité à avoir déféré à la précédente mesure d'éloignement, le préfet de la Haute-Savoie, a pu, sans commettre d'erreur de droit, prolonger son interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année.

4. En troisième lieu, M B ne justifie pas être présent en France de manière continue en France depuis 2021 alors, qu'au surplus, il a déclaré, lors de son audition, venir en France seulement quelques jours pour travailler. De plus, l'intéressé ne justifie pas d'attaches familiales ou personnelles en France, à l'exception d'un cousin, dont il ne justifie pas de la présence régulière sur le territoire français et avec lequel il a indiqué lors de son audition ne pas entretenir de contact régulier. Dans son pays d'origine, réside toute sa famille selon ses déclarations lors de son audition. Dans ces conditions, et quand bien même le comportement de M B ne serait pas constitutif d'une menace pour l'ordre public et qu'il bénéficierait d'un emploi dans des conditions au demeurant irrégulières, la décision attaquée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

5. Pour les motifs énoncés aux points 3 et 4, la décision de prolonger d'une durée d'un an la précédente interdiction de retour ne présente pas un caractère disproportionné.

6. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions pour en apprécier la portée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M B, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M B et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

C. Vial-Pailler

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.