Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406930
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406930 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2024, M. C D et Mme B A demandent au juge des référés d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Grenoble d'affecter un accompagnant des élèves en situation de handicap individuel auprès de son enfant.
Ils soutiennent qu'aucun accompagnement n'a été mis en place pour leur enfant depuis la rentrée alors que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui a attribué une aide individuelle pour une durée de 12 heures par semaine, ce qui porte atteinte à son droit à l'éducation et au principe d'égalité des chances.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et que l'absence d'AESH auprès de l'enfant des requérants ne résulte pas de l'inaction du service.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E, vice président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 19 septembre 2024 en présence de M. Palmer, greffier d'audience, M. E a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. D ;
- les observations de Mme F, représentant la rectrice de l'académie de Grenoble.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit.
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
2. La privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap, de toute possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de cet article, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. En outre, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte, d'une part de l'âge de l'enfant, d'autre part des diligences accomplies par l'autorité administrative compétente, au regard des moyens dont elle dispose.
3. Simon D, né en 2013, est scolarisé à l'école Beaupré de Beaumont (Haute-Savoie) depuis la rentrée de 2019. Conformément à la décision de la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la métropole de Lyon du 18 avril 2019, il a été affecté en unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS), où il était assisté par un accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) sept heures par semaine et bénéficiait également de l'accompagnement de l'AESH-collectif affecté au dispositif ULIS. A la demande de ses parents, G a décidé de son orientation vers l'enseignement ordinaire pour la période du 23 janvier 2024 au 31 août 2026, avec une aide individuelle de 12 heures. Il ne bénéficie d'aucune aide individuelle depuis la rentrée 2024 en classe ordinaire de CM2 du même établissement.
4. La rectrice de l'académie de Grenoble fait valoir que l'entrée de Simon D en classe ordinaire, combinée avec les forts besoins d'accompagnement dans la classe ULIS, n'a pas permis de poursuivre son accompagnement, les besoins d'accompagnement des treize élèves porteurs de handicap de l'école Beaupré s'élevant à 198 heures hebdomadaires alors qu'elle ne dispose que de trois AESH effectuant un total de 56 heures d'accompagnement individuel par semaine. L'administration justifie que l'une des AESH de l'école Beaupré a démissionné en mai 2024, qu'une autre l'a informée le 5 août 2024 qu'elle refusait le renouvellement de son contrat et que malgré la politique active de recrutement mise en œuvre, elle n'a pas réussi à recruter de nouveaux AESH, en raison notamment de la proximité immédiate de Suisse où les emplois sont mieux rémunérés. Pour ce qui est de la répartition des heures d'accompagnement individuel, l'équipe pédagogique de l'école a considéré comme prioritaires pour en bénéficier une élève épileptique à laquelle a été affectée l'AESH effectuant 24 heures hebdomadaires, un élève autiste violent auquel a été affecté l'AESH effectuant 12 heures hebdomadaires, deux élèves autistes et deux élèves porteurs de handicap auxquels a été affectée l'AESH recrutée pour 20 heures hebdomadaires. Il résulte de l'instruction qu'eu égard au handicap et au besoin d'assistance de chacun de ces élèves, cette répartition ne peut être regardée comme injustifiée. Dans ces conditions, en n'affectant pas d'heures d'AESH dès la rentrée scolaire à Simon D, d'un niveau mi-CM1 en mathématiques et CE2 en français, l'administration ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il en résulte, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition particulière d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est remplie, que la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Grenoble de mettre en place l'accompagnement accordé par la commission des droits de l'autonomie des personnes handicapées doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C D et Mme B A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale. Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Grenoble.
Fait à Grenoble, le 3 octobre 2024.
Le juge des référés,
T. E
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.