Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406935

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL PAMLAW - AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a été saisi par la société Free Mobile d'une demande de suspension de l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le maire d'Annemasse s'est opposé à sa déclaration préalable pour l'installation d'une station relais de téléphonie mobile. Le juge des référés a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'était pas remplie. Il a rappelé que la présomption d'urgence de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ne s'applique pas aux refus de déclaration préalable, et que la société requérante n'a pas justifié d'un préjudice suffisamment grave et immédiat à ses intérêts ou à l'intérêt public.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 7 mai 2024 du maire de la commune d'Annemasse, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à titre principal à la commune d'Annemasse de lui délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter la notification de l'ordonnance sous astreinte de 500 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire de réexaminer sa déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter la notification de l'ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Annemasse une somme de 5000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture territoriale par le réseau de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société Free Mobile pour tenir ses engagements de couverture, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie (cf. décision du Conseil d'Etat du 23 mars 2018 n° 412029) ;

- la décision a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- au sens du plan local d'urbanisme, la hauteur de 12 mètres n'est pas méconnue puisqu'elle se calcule du terrain naturel jusqu'à l'égout de toit ou la dalle du premier niveau ; le projet est étranger à la règle de hauteur ; l'article UB 10.2 ne fixe pas de hauteur pour les équipements d'intérêt collectif et services publics ;

- le projet, compte tenu tant du milieu dans lequel il s'inscrit que de ses caractéristiques, n'est pas de nature à porter une atteinte au paysage environnant de nature à justifier la décision d'opposition litigieuse.

La requête a été communiquée à la commune d'Annemasse qui n'a pas défendu.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 5 juillet 2024 sous le numéro 2404888 par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 25 septembre 2024 en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. A a lu son rapport et entendu Me Brunstein-Compard représentant la société Free Mobile ; la commune d'Annemasse n'étant ni présente ni représentée.

1. La société Free Mobile a obtenu l'usage d'un bâtiment sis 13 rue des Echelles, parcelle cadastrée Section B sous le n° 5159, sur le territoire de la commune d'Annemasse, pour y implanter une station relais de téléphonie mobile composée de six antennes intégrées dans trois fausses cheminées en toiture du bâtiment. Elle a déposé le 23 février 2024 une déclaration préalable à l'installation de l'antenne relais. Toutefois, par l'arrêté contesté du 7 mai 2024, l'adjoint au maire de la commune d'Annemasse s'est opposé à la réalisation des travaux déclarés.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () "

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite. () Lorsqu'une personne autre que celles mentionnées à l'alinéa précédent défère une décision relative à un permis de construire ou d'aménager et assortit son recours d'une demande de suspension, le juge des référés statue sur cette demande dans un délai d'un mois. "

4. La présomption d'urgence posée par l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ne s'applique qu'aux recours dirigés contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire mais ne s'applique pas, en revanche, aux refus de déclaration préalable. Il revient donc au pétitionnaire qui conteste un refus de permis de construire qui lui a été opposé, de justifier de la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. En principe, cette condition d'urgence doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

6. Pour apprécier la satisfaction de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour suspendre l'exécution de cette décision, il y a lieu de prendre en compte l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile tant 3G que 4G ou 5G et la finalité de l'infrastructure projetée, qui a vocation à être exploitée par au moins un opérateur ayant souscrit des engagements envers l'État et dont le réseau ne couvre que partiellement le territoire de la commune.

7. En l'espèce, le projet a vocation à couvrir un territoire et une population non couverts par les réseaux 3G, 4G et 5G de la société Free Mobile, qui a souscrit des engagements envers l'Etat. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie en l'espèce.

En ce qui concerne la condition d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

8. Pour s'opposer à la déclaration préalable des travaux, l'arrêté retient que le projet n'est pas conforme à l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et aux articles UB.10 et UB.11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune et notamment que, d'une part, la hauteur de 12 mètres prescrite par le règlement du plan local d'urbanisme n'était pas respectée et que, d'autre part, le traitement architectural du projet n'était pas satisfaisant.

9. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la commune ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, opposer les motifs tirés de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et des articles UB.10 et UB.11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 911-1 de même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

11. Il résulte de ce qui précède que lorsque le juge des référés, saisi de conclusions à fins de suspension, décide d'ordonner des mesures conservatoires, celles-ci ne produisent leurs effets que dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

12. En l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune d'Annemasse de délivrer un certificat de non-opposition à titre provisoire à la société Free Mobile pour les travaux mentionnés dans le dossier n° DP 074012 24 H0025, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Annemasse, partie perdante, la somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de la décision du maire de la commune d'Annemasse du 7 mai 2024 est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint à la commune d'Annemasse de délivrer à la société Free Mobile, à titre provisoire, un arrêté de non-opposition à sa déclaration préalable n° DP 074012 24 H0025 dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 :La commune d'Annemasse versera à la SAS Free Mobile la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Free Mobile est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Free Mobile et à la commune d'Annemasse.

Fait à Grenoble, le 26 septembre 2024.

Le juge des référés,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.