Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406970

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2406970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion sans délai de Mme D et M. E, ressortissants géorgiens, du logement qu'ils occupent indûment à Aix-les-Bains. La solution retenue fait droit à la demande du préfet de la Savoie, en application des articles L. 551-11 et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge de nouveaux demandeurs d'asile et que la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Le tribunal a également autorisé le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée si nécessaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, le préfet de la Savoie demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de Mme F D et M. B E du logement qu'ils occupent Huda La Sasson, 98 avenue de Marlioz à Aix les Bains (73100), avec leurs deux enfants ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée de Mme F D et M. B E.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour statuer sur la requête ;

- la requête est recevable ;

- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que Mme F D et M. B E occupent irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter ;

- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Chevalier, greffière d'audience :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Mme D.

Mme D indique que son mari souffre d'hépatite B et C, que son fils C est scolarisé et qu'il a des problèmes psychologiques.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F D et M. B E, de nationalité géorgienne, ont été admis le 15 avril 2022 dans un hébergement pour demandeurs d'asile situé à Aix les Bains avec leurs deux enfants C né le 4 août 2016 et Khareba né le 6 avril 2021. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décision de la Cour nationale du droit d'asile le 31 août 2023 et celles de leurs enfants le 24 février 2023. Leurs demandes de réexamen ont été rejetées le 12 août 2024 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 août 2024 et celles des enfants le 12 août 2024. Par arrêtés du 3 juillet 2023, le préfet a pris à leur encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours avec interdiction de retour d'un an dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif le 10 août 2023. Par courrier du 14 septembre 2023, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration les a informés que leur droit au maintien dans les lieux prendrait fin le 30 septembre 2023. Toutefois, Mme D et M. E se sont maintenus indûment au-delà de cette date, en dépit d'une mise en demeure de quitter les lieux du 27 mai 2024. Enfin, Mme D et M. E ont présenté une demande de titre de séjour en qualité d'étrangers malades. Leurs demandes ont été rejetées par arrêtés du 12 juillet 2024. Par la présente requête, le préfet de la Savoie demande au juge des référés saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme D et M. E du lieu d'hébergement qu'ils occupent indûment et d'autoriser, en cas de besoin, le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux.

2. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". En outre, aux termes de l'article R. 552-11 du code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile de demandeurs d'asile dont les demandes ont été définitivement rejetées, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

4. Le préfet de la Savoie expose que le département dispose de 825 places d'hébergement pour demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil alors que 272 personnes sont en attente d'une orientation vers une structure au 28 août 2024 et que 5,2% des places sont occupées par des personnes déboutées de leur demande d'asile. L'inexactitude matérielle de ces faits ne résulte pas de l'instruction.

5. Ainsi, compte tenu de la saturation du dispositif d'hébergement des demandeurs d'asile, le préfet est fondé à soutenir qu'il est utile et urgent que Mme D et M. E, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, quitte l'hébergement dans lequel ils se maintiennent sans droit ni titre avec leur famille pour permettre l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu de la présence de jeunes enfants, d'accorder à Mme D et M. E un délai d'un mois pour préparer leur sortie du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile et préparer leur retour effectif en Géorgie.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion de Mme D et M. E et de sa famille de l'appartement qu'ils occupent dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire, le préfet de la Savoie est autorisé à faire procéder à leur évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme D et M. E de quitter le logement qu'ils occupent Huda La Sasson, 98 avenue de Marlioz à Aix les Bains (73100) dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme D et M. E dans ce délai, le préfet de la Savoie pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme F D et M. B E.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Fait à Grenoble le 3 octobre 2024.

Le président,

J. P. A La greffière,

A. CHEVALIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.