Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2406979
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2406979 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 13 septembre, 25 et 30 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Jaidane, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours laquelle fixe le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer, à titre principal, une carte de résident, à titre subsidiaire de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre infiniment subsidiaire de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il ne s'agit pas d'une première demande de titre de séjour ;
- le préfet n'a pas examiné sa demande de carte de résident présentée sur le fondement de l'article 10-1-c de l'accord franco-tunisien ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé en droit ;
- il est entaché de l'incompétence de son auteur ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant et est entaché d'une erreur de droit au regard du c) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de droit dès lors que sa situation n'est régie que par l'accord franco-tunisien.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Une note en délibérée pour M. B a été enregistrée le 22 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Barriol a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 25 mai 1993, est entré en France le 24 août 2018, sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long court séjour portant la mention " étudiant-élève ". Il a obtenu un titre de séjour entre le 14 novembre 2019 et le 13 novembre 2020, en qualité d'étudiant. A la suite de son mariage, le 15 février 2020, avec une ressortissante française, un titre de séjour pluriannuel en qualité de conjoint de français valable du 8 juin 2021 au 7 juin 2023 lui a été délivré. Le 13 mars 2023, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 30 juillet 2024, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
3. M. B a épousé une ressortissante française le 15 février 2020 et un enfant prénommé Nour est né de cette union le 8 mai 2021. M. B est titulaire d'un contrat à durée indéterminée signé le 6 décembre 2021. Il s'acquitte du paiement des frais de garde de son fils et produit également de nombreux virements effectués au profit de son épouse. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas l'autorité parentale sur son fils. Compte tenu de la présence régulière depuis 2018 sur le territoire français de M. B, de son activité professionnelle stable et de la présence sur le territoire de son enfant de nationalité française, ladite décision a porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels le refus de délivrance d'un titre de séjour lui a été opposé. Par suite, l'arrêté contesté a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le refus de titre de séjour doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. M. B n'établit pas avoir déposé une demande de carte de séjour sur le fondement du c) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien, l'annulation de l'arrêté contesté n'implique donc pas la délivrance d'une carte de séjour d'une durée de dix ans. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu'à la date de la présente décision M. B remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français.
6. Dans ces circonstances, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il doit être seulement enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. B. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prescrire au préfet de l'Isère de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans l'attente il lui délivrera une autorisation de séjour provisoire l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours.
Sur les frais d'instance :
7. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 200 euros au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 juillet 2024 du préfet de l'Isère est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de huit jours à compter de cette même notification.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Barriol, première conseillère,
Mme Galtier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
P. ThierryLa greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.