Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407042
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407042 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 septembre, 15 et 28 octobre 2024, Mme F G épouse E, représentée par Me Aldeguer, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer le dossier ou de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
le refus de titre de séjour :
- méconnaît les stipulations de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entaché d'une erreur de fait, les allégations de manœuvres frauduleuses n'étant pas établies ;
l'obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'illégalité par voie de conséquence ;
- est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport H D,
- et les observations de Me Aldeguer, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante algérienne née le 3 juin 1982, est entrée en France le 4 janvier 2018 sous couvert d'un visa de court séjour, accompagnée de ses deux enfants mineurs afin que son fils A, né le 3 mai 2001 et lourdement handicapé à la suite d'un accident survenu en juillet 2016, bénéficie de soins. Par deux arrêtés datés du 24 juillet 2020, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer, ainsi qu'à son fils devenu majeur, des titres de séjour en qualité d'étranger malade, et accompagnant d'étranger malade, et les a obligés à quitter le territoire dans un délai de trente jours. Les recours formés contre ces arrêtés devant le tribunal administratif de Grenoble ont été rejeté par un jugement du 28 janvier 2021, qui a lui-même fait l'objet d'un recours en appel rejeté par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon rendu le 17 mars 2022. Le 6 avril 2023, Mme E a sollicité du préfet de l'Isère la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 30 juillet 2024, le préfet de l'Isère a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et lui a interdit le retour sur le territoire pendant une durée d'un an. Mme E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Et selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
3. Si les pièces produites établissent que le fils A H Mme E a subi plusieurs interventions chirurgicales en France, et que son état de santé nécessite des soins importants, par elles-mêmes ces circonstances n'ouvrent pas à l'intéressée un droit au séjour sur le fondement des dispositions précitées. Par ailleurs, les pièces produites ne démontrent aucune aggravation de son état de santé ni circonstances nouvelles depuis l'examen de sa situation par le tribunal dans son jugement du 28 janvier 2021, et par la cour administrative d'appel de Lyon le 17 mars 2022, dont les décisions ont constaté qu'il pouvait bénéficier en Algérie de soins appropriés à son état de santé. Mme E se prévaut par ailleurs de la durée de son séjour en France de près de six ans, de son intégration dans la société française, tant par le travail que par sa mobilisation dans le tissu associatif, ainsi que de la scolarité de sa fille B, âgée de 7 ans. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme E s'est maintenue sur le territoire français en méconnaissance de l'obligation qui lui a été faite de le quitter par un arrêté du 24 juillet 2020 et n'établit pas, ni même n'allègue, qu'elle est dépourvue d'attaches en Algérie où réside notamment son époux et père de ses enfants, et où elle a elle-même vécu la majorité de sa vie. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour prise à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien.
4. En second lieu, et pour les mêmes motifs que précédemment exposés, elle n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision refusant un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aucun des moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour n'étant fondés, Mme E n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence.
6. En second lieu, et pour les mêmes motifs que précédemment exposés au point 3 du présent jugement, cette décision n'est pas entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation présentées par Mme E, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente, verse une somme quelconque à Mme E au titre des frais exposés par elle dans le cadre de la présente instance. Ces conclusions en ce sens doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête H E est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme F E et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme C et Mme D, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
F. D
Le président,
P. THIERRY
La greffière,
A. ZANON
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.