Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407063

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407063
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a été saisi par Mme B pour obtenir la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour. Le juge a constaté que le préfet de l'Isère avait porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir de la requérante en refusant de renouveler son autorisation provisoire de séjour, malgré une précédente ordonnance. Compte tenu de l'urgence, notamment liée à un déplacement en Algérie pour un décès familial, le juge a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour de trois mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard. La décision applique les articles L. 521-2 du code de justice administrative et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, Mme C B, représenté par Me Haji Kasem Tarek, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer sans délai une nouvelle autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'au jugement de la requête n° 2403238 ;

2°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de condamner l'Etat à payer à son avocat la somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, celui-ci s'engageant à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle dans l'hypothèse où elle se verrait accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ; dans l'hypothèse où elle se verrait refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de condamner l'Etat à lui payer la somme de 2 000 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle doit se rendre en Algérie en raison du décès de la mère de son concubin ;

- le refus de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour porte une atteinte grave et manifeste à la liberté d'aller et venir, au respect de sa vie privée, au droit de mener une vie familiale normale, à sa liberté personnelle et au droit au travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 19 septembre 2024 en présence de Mme Rouyer, greffière, M. Pfauwadel a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

2. Par une ordonnance du 3 juin 2024, le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision implicite de refus de renouvellement du titre de séjour de Mme B et enjoint au préfet de l'Isère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours et jusqu'à ce que le tribunal statue sur la requête au fond. Il résulte de l'instruction que préfet a délivré une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 17 septembre 2024. En refusant de renouveler cette autorisation provisoire de séjour malgré les demandes de l'intéressée, le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir de Mme B qui constitue une liberté fondamentale.

3. La requérante, qui fait valoir qu'elle doit se rendre en Algérie à la suite du décès de la mère de son conjoint, justifie de l'urgence à prononcer la mesure demandée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de délivrer à Mme A, dans le délai de 48 heures suivant la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de trois mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

4. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu d'admettre à titre provisoire Mme B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Haji Kasem Tarek, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Haji Kasem Tarek de la somme de 600 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros lui sera versée.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme A, dans le délai de 48 heures suivant la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de trois mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 : Sous réserve que Me Haji Kasem Tarek, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, l'Etat le versera à Me Haji Kasem Tarek la somme de 600 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros lui sera versée.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à Me Haji Kasem Tarek, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 20 septembre 2024.

Le juge des référés,

T. Pfauwadel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.