Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407072

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en juge unique, a été saisi par M. A, demandeur d'asile nigérian, d’un recours en excès de pouvoir contre la décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 29 août 2024 mettant fin à ses conditions matérielles d’accueil. Le requérant invoquait notamment une insuffisance de motivation, une méconnaissance de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) et une violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que les moyens soulevés n’étaient pas fondés, sans préciser explicitement les textes appliqués dans le dispositif final.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 29 août 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros qui sera versée à Me Huard sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une non-présentation à un rendez-vous de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvant fonder la décision attaquée dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas une autorité chargée de l'asile ;

- est disproportionnée ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que la fiche d'entretien de vulnérabilité porte une signature sans précision de l'agent ayant réalisé l'entretien et qu'il n'est pas justifié que cet agent ait reçu une formation spécifique ;

- méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle le place dans une situation d'extrême précarité et d'une extrême dangerosité puisqu'il se retrouve sans ressource ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Thierry, président-rapporteur ;

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, a formé une demande d'asile le 10 novembre 2023 et a, le même jour, signé l'offre de prise charge et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Après l'avoir informé par un courrier du 6 août 2024, de son intention de mettre fin au bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé d'y mettre fin par une décision du 29 août 2024 dont M. A demande l'annulation.

2. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de justice administrative : " Avant de statuer sur une requête soulevant une question de droit nouvelle, présentant une difficulté sérieuse et se posant dans de nombreux litiges, le tribunal administratif () peut, par une décision qui n'est susceptible d'aucun recours, transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat, qui examine dans un délai de trois mois la question soulevée. Il est sursis à toute décision au fond jusqu'à un avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration de ce délai ".

3. Aux termes de l'article L.121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration est un établissement public administratif de l'Etat chargé, sur l'ensemble du territoire, du service public de l'accueil des étrangers titulaires, pour la première fois, d'un titre les autorisant à séjourner durablement en France. Il coordonne, dans ce cadre, la gestion de l'hébergement dans les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1. / Il a également pour mission de participer à toutes actions administratives, sanitaires et sociales relatives : () 2° A l'accueil des demandeurs d'asile et à la gestion de l'allocation pour demandeur d'asile prévue au chapitre III du titre V du livre V ; () ". Le même code dispose à son article L. 551-9 que : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. " ; et à son article L. 551-16 que : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".

4. L'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 prévoit que : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : () b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ".

5. Bénéficiaire des conditions matérielles d'accueil, M. A ne conteste pas qu'il ne s'est pas présenté aux convocations de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 juillet 2024 et du 6 août 2024 afin de se voir remettre une nouvelle carte d'allocation pour demandeurs d'asile. La directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré, dans sa décision du 29 août 2024 que la circonstance que M. A ne se soit pas présenté à ces convocations, bien qu'elles lui aient été adressées par SMS, puis par courrier, justifiait, en application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

6. M. A soutient que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas une des " autorités chargées de l'asile " mentionnées par les dispositions précitées du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le retrait de ses conditions matérielles d'accueil au seul motif qu'il ne s'est pas présenté à ces deux convocations est une mesure disproportionnée.

7. La requête de M. A pose ainsi à juger les questions suivantes :

1°) L'Office français de l'immigration et de l'intégration est-il une " autorité chargée de l'asile " au sens des dispositions précitées du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile '

2°) En cas de réponse positive à la première question, la circonstance que le demandeur d'asile n'ait pas répondu à une ou plusieurs convocations de l'Office français de l'immigration et de l'intégration constitue-t-elle un des " cas exceptionnels " dans lesquels l'office peut retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au sens des dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE auxquelles renvoie l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile '

8. Ces points constituent des questions de droit nouvelles présentant une difficulté sérieuse et susceptible de se poser dans de nombreux litiges. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer sur la requête de M. A et de transmettre, pour avis sur ces questions, le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Le dossier de la requête de M. A est transmis au Conseil d'Etat pour examen des questions de droit exposées au point 7 ci-dessus.

Article 2 :Il est sursis à statuer sur la requête de M. A jusqu'à l'avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration du délai de trois mois à compter de la transmission du dossier prévue à l'article 1er.

Article 3 :Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié au président de la section du Conseil d'Etat, à M. B A et à Office français de l'immigration et de l'intégration.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

P. Thierry La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24070722