Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407092
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407092 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Huard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite du 17 mai 2024 du préfet de l'Isère refusant de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle de 4 ans dans un délai d'un mois, à défaut de réexaminer sa situation par une décision explicite dans un délai de 15 jours et dans l'attente de lui délivrer un récépissé de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a déposé une demande de renouvellement de titre de séjour le 17 janvier 2024 et une décision implicite de rejet est née le 17 mai 2024 en application des articles R. 431-1 et -2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la condition d'urgence est remplie : elle est en situation irrégulière ; les recours contre les refus de renouvellement de demande de titres de séjour bénéficient d'une présomption d'urgence ;
- les moyens tirés du défaut de motivation, de la méconnaissance de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
La requête a été communiquée au préfet de l'Isère le 19 septembre 2024 qui n'a pas défendu.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 septembre 2024 sous le numéro 2407091 par laquelle Mme A B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 9 octobre 2024 en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. C a lu son rapport ; les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B est entrée régulièrement en France en février 2020 accompagnée de son époux, sous couvert d'un visa D. Son époux a obtenu une carte de séjour passeport talent du 1er mars 2020 au 29 février 2024. Mme A B a obtenu quant à elle une carte de séjour en qualité d'accompagnante valable du 1er mars 2020 au 29 février 2024. Ils ont déposé le 17 janvier 2024 des demandes de renouvellement de leurs titres de séjour. La demande de son époux a fait l'objet d'une décision favorable le 18 juillet 2024 tandis que la demande de Mme A B n'a donné lieu qu'à la délivrance le 17 janvier 2024 d'une attestation de confirmation de dépôt d'une demande de renouvellement. Mme A B estime qu'une décision implicite de rejet de sa demande était née le 17 mai 2024 en application des articles R. 432-1 et -2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et demande au juge des référés d'en prononcer la suspension.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " Enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. S'agissant en l'espèce d'un refus de renouvellement de demande de titres de séjour qui a pour effet de placer la requérante dans une situation irrégulière, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " L'article R. 432-2 du même code précise que " la décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Le préfet de l'Isère, qui n'a pas défendu à l'instance, ne conteste pas la naissance d'une décision implicite de rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme A B.
6. Aux termes de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé d'au moins dix-huit ans, le conjoint de l'étranger mentionné aux articles L. 421-9, L. 421-11 et L. 421-14 à L. 421-21 se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent (famille) " d'une durée égale à la période de validité restant à courir de la carte de séjour de son conjoint. () Elle est renouvelée de plein droit pour une durée de quatre ans lorsque son titulaire réside en France depuis au moins cinq ans. "
7. Il est constant que l'époux de Mme A B a obtenu le renouvellement de son titre de séjour et a obtenu un titre portant la mention " passeport talent : carte bleue européenne " prévu à l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable du 2 mars 2024 au 1er mars 2028. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est de nature à faire naitre un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Dès lors, Mme A B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de son titre de séjour.
Sur les conclusions d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
9. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration, le juge des référés suspension ne pouvant décider une mesure qui a les mêmes effets qu'une annulation pour excès de pouvoir.
10. Compte tenu du motif de suspension retenu au point 7, il y a lieu d'enjoindre au préfet de réexaminer la demande de Mme A B et de se prononcer par une décision explicite sur son droit au séjour, dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans un délai de 8 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de la décision explicite statuant sur son droit au séjour, également sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant de renouveler le titre de séjour de Mme A B est suspendue.
Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de Mme A B et de se prononcer par une décision explicite sur son droit au séjour, dans un délai de 2 mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans un délai de 8 jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de la décision explicite statuant sur son droit au séjour, également sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1000 euros à Mme A B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A B et au ministre de l'Intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 11 octobre 2024.
Le juge des référés,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.