Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407185
jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407185 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, Mme E C B, représentée par Me Coutaz, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision refusant la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur pour son fils D A devenu C B A suite à sa demande du 20 mars 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa demande dans un délai de 48 h à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte définitive de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de document de circulation pour étranger mineur et que son fils ne pourra plus l'accompagner lors de ses séjours dans sa résidence secondaire en Algérie sans risque de se retrouver bloqué dans ce pays, alors qu'il ne peut être gardé par aucune autre personne en France ;
- la décision est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen de la demande et d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne mentionne pas la situation particulière de l'enfant et ne fait pas référence à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et qu'il en résulte que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée par l'article 10 de la convention franco-algérienne ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 20 septembre 2024 sous le numéro 2407184 par laquelle Mme C B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pfauwadel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 30 septembre 2024 en présence de M. Palmer, greffier d'audience, M. Pfauwadel a lu son rapport et entendu les observations de Me Coutaz, avocat de Mme C B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " .
2. Mme C B, ressortissante française qui avait entrepris des démarches en vue d'une adoption, a recueilli le 30 septembre 2019, dans le cadre d'une kafala, l'enfant A D né en Algérie le 24 août 2019. Il est entré en France sous couvert d'un visa visiteur valable du 31 octobre 2019 au 29 janvier 2020. Par ordonnance du 20 novembre 2019, le juge chargé de l'état civil du tribunal d'El Harrach a ordonné l'attribution à cet enfant du nom patronymique de C B. La préfecture de Montpellier lui a délivré le 8 janvier 2020 un document de circulation pour étranger mineur. Par un jugement du 9 novembre 2021, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Montpellier a délégué les droits de l'autorité parentale sur cet enfant à Mme C B. Cette dernière a demandé le renouvellement du document de circulation pour étranger mineur. Par un message informatique du 2 avril 2024, le ministère de l'intérieur l'a informée que son dossier avait été clôturé dès lors que le dossier ne pouvait faire l'objet d'une instruction, dans la mesure où le mineur n'est pas éligible avec son visa, au document de circulation pour étranger mineur, celui-ci étant seulement délivré aux mineurs algériens entrés en France avec un visa pour études ou par regroupement familial conformément à l'article 10 de l'accord franco-algérien.
3. Il résulte de l'instruction que A C B vit en France depuis l'âge de trois mois et que selon la requérante, sa " maman biologique n'a plus souhaité prendre des nouvelles ". Par ailleurs, ainsi que le relève la requérante, cet enfant pourra bénéficier en 2025 d'un document de circulation pour étranger mineur en application du b) de l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Dans ces conditions, la seule circonstance invoquée par la requérante, à savoir que cet enfant ne pourra dans l'attente de ce titre l'accompagner lors de ses séjours de vacances dans sa résidence secondaire en Algérie, ne préjudicie pas à ses intérêts de manière suffisamment grave et immédiate pour justifier que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Par suite, et alors même qu'il avait été précédemment délivré un document de circulation à cet enfant alors déclaré sous une autre identité, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins de suspension doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme E C B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C B et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 12 décembre 2024.
Le juge des référés,
T. Pfauwadel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.