Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407209

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant le renouvellement du titre de séjour de M. A. La condition d'urgence a été présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement. Un doute sérieux a été retenu quant à la légalité de la décision, au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'état de santé de M. A et de l'impossibilité alléguée de se soigner en Guinée. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande sous deux mois et de délivrer un document provisoire de séjour et de travail sous 48 heures.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 septembre 2024 et le 30 septembre 2024, M. A demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation ;

3°) d'assurer la continuité de ses droits au séjour et à la sécurité sociale.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- son état de santé impose qu'il soit admis au séjour en France car il ne peut être soigné en Guinée ; il est porté atteinte à son droit à la santé et à sa vie privée et familiale garantis par les articles 2 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas saisi l'OFII pour avis avant d'adopter sa décision et les documents de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui ont pas été transmis ; le préfet n'a pas formulé de réponse explicite à sa demande. .

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n°2407208.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 10 octobre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de M. A qui indique qu'il a besoin que le préfet examine sa demande de titre de séjour au regard de son état de santé et a également besoin de pouvoir justifier de la régularité de son séjour dans l'attente, son contrat de travail auprès de la TAG ayant été suspendu.

Au cours de l'audience, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le juge des référés était susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que soit " assurée la continuité de ses droits au séjour et à la sécurité sociale ".

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la recevabilité des conclusions tendant à ce que soit " assurée la continuité de ses droits au séjour et à la sécurité sociale " :

1. Il n'appartient pas au juge des référés de faire droit aux conclusions ainsi formulées. Elles sont par suite irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la demande de suspension d'exécution :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

4. En l'espèce, la décision litigieuse refuse le renouvellement du titre de séjour de M. A. Ainsi, la condition d'urgence est présumée satisfaite. Faute d'observation en défense de la part du préfet de l'Isère, cette condition est remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. A doit être regardé comme ayant soulevé compte tenu de ses arguments relatifs à l'impossibilité de se soigner en Guinée, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant le renouvellement du titre de séjour à M. A.

Sur les conclusions d'injonction :

6. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le juge des référés,

J. C

Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407209