Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407251
mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407251 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2405639 du 30 juillet 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à Mme B A un récépissé de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de cette ordonnance sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024, Mme A, représentée par Me Schurmann, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au préfet d'exécuter la précédente ordonnance de référé du 30 juillet
2024 et de remettre dans un délai de 24h un récépissé de demande de renouvellement de titre
de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.
2°) de condamner C à verser à Mme A B la somme de 5300 euros pour le retard,
3°) de condamner Monsieur C à verser à Mme A la somme de 1500 Euros au titre de l'article 761-1 du CJA, dont distraction au profit de Maître Schurmann, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondante à la contribution de l'Etat.
Par un mémoire enregistré le 3 décembre 2024, C conclut au non-lieu à statuer suite à la délivrance à Mme A d'une convocation à un rendez-vous fixé le 6 décembre 2024 aux fins de se voir délivrer un dossier de demande de titre de séjour.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 2405639 dont la requérante demande l'exécution.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bourion pour statuer sur les demandes de référé.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 3 décembre 2024 à 14 h 30,
les observations de Me Schurmann pour le compte de Mme A.
Vu, en date du 3 décembre 2024, la note en délibéré produite par Me Schurmann pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".
2. Par ordonnance du 30 juillet 2024, le juge des référés a ordonné au préfet de l'Isère de délivrer à Mme A un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler. L'ordonnance a été notifiée le 31 juillet 2024. Un délai de 3 jours était imparti au préfet de l'Isère pour ce faire. La requérante indique que C n'a pas exécuté cette ordonnance. Elle expose que les services de la préfecture de l'Isère l'ont reçue le 9 août 2024 mais qu'ils ont refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui délivrer le récépissé sollicité à défaut d'avoir présenté une fiche de salaire et qu'un rendez-vous lui serait donné ultérieurement. Si, suite au courriel du 9 septembre 2024 par lequel Mme A sollicitait un nouveau rendez-vous en préfecture, le préfet, à qui la présente requête a été communiquée, a délivré un rendez-vous à Mme A fixé au 6 décembre 2024, aux fins de lui permettre de déposer un dossier de demande de titre de séjour, il reste que la non-exécution de l'ordonnance et les éléments avancés par la requérante constituent des éléments nouveaux au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative. Le préfet n'est donc pas fondé à soutenir qu'il y aurait non-lieu à statuer.
3. Dans ces conditions, et en l'état de l'instruction, à savoir sans éléments de fait émanant du préfet de l'Isère pouvant contester ou nuancer cette situation, il ne peut qu'être fait droit à la présente demande, c'est à dire de constater que C n'a pas exécuté l'ordonnance et d'ordonner à cette autorité de l'exécuter sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur la demande de liquidation d'astreinte :
4. Aux termes de l'article L. 911-7 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée () Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ". Aux termes de l'article L. 911-8 du même code : " La juridiction peut décider qu'une part de l'astreinte ne sera pas versée au requérant. Cette part est affectée au budget de l'Etat ".
5. Par ordonnance du 30 juillet 2024, le juge des référés a ordonné au préfet de l'Isère de délivrer à Mme A un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler sous trois jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
6. Or, ainsi qu'il a été dit au point 3, l'ordonnance n'a pas été exécutée. Eu égard aux circonstances de l'espèce non contestées par le préfet, au fait que Mme A réside en France depuis le 1er janvier 2001 alors qu'elle avait 6 ans, qu'elle a bénéficié de titres de séjour depuis sa majorité en 2019, qu'elle est titulaire d'un diplôme d'Etat d'infirmière depuis le 12 juillet 2022 et qu'il a été mis fin à son activité salariée en mars 2024, il y a lieu de liquider l'astreinte, pour la période du 3 août 2024 à ce jour au montant de 3 500 euros. L'astreinte sera versée au budget de l'Etat.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à verser à Me Shurmann une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et sous les modalités de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : L'astreinte est liquidée pour la période du 3 août 2024 à ce jour à la somme de 3 500 euros à verser au budget de l'Etat.
Article 2 : Il est ordonné au préfet de l'Isère d'exécuter l'ordonnance n° 2405639 du 30 juillet 2024, cela sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Schurmann au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et sous les modalités de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4:La présente ordonnance sera notifiée à Me Schurmann, à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.
Copie en sera délivrée au préfet de l'Isère et au ministère public près la Cour des comptes.
Fait à Grenoble, le 3 décembre 2024.
Le juge des référés,
I.Bourion
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24072512