Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407306

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme D, ressortissante macédonienne de 78 ans, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Isère refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de sa vie familiale auprès de son fils en France. Le tribunal a estimé que sa présence récente sur le territoire et l'absence de preuve d'isolement dans son pays d'origine ne justifiaient pas la délivrance d'un titre de séjour. Tous les moyens soulevés, y compris l'incompétence du signataire et le défaut de saisine de la commission du titre de séjour, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2024, Mme C D, représentée par Me Borges De Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de l'Isère a rejeté la demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale et à défaut une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- a été pris après un examen insuffisant de sa situation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- entraîne des conséquences excessives sur sa situation personnelle en fixant le délai de départ volontaire à 30 jours.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Doulat,

- et les observations de Me Cans, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante macédonienne, née le 22 mars 1946, déclare être entrée en France le 19 novembre 2022. Elle a présenté le 23 février 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 5 mars 2024, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme B A, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration de la préfecture, qui disposait à cet effet d'une délégation, en vertu d'un arrêté de délégation du 22 février 2024, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes même de l'arrêté en litige que le préfet de l'Isère, qui a fait état des éléments en sa possession, notamment sur la date d'arrivée de la requérante en France et sur sa situation familiale, a procédé à un examen de la situation personnelle de l'intéressée avant de prendre les décisions attaquées.

4. En troisième lieu, si Mme D fait valoir qu'elle vit chez son fils unique et sa belle-fille en France, sa présence sur le territoire est très récente alors qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 76 ans. Elle n'établit pas être dépourvue de liens familiaux et amicaux dans son pays d'origine, ni comme elle l'affirme y être isolée. Si Mme D produit un unique certificat médical peu circonstancié établi par un médecin généraliste en avril 2024 indiquant qu'elle doit suivre un traitement pour une hypertension artérielle et une bronchite chronique obstructive et être aidée pour faire ses courses, le ménage ou préparer ses repas, il n'est pas établi, ni même allégué, qu'elle ne pourrait bénéficier du traitement et de l'aide qui lui seraient nécessaires dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Isère a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché les décisions attaquées d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En quatrième lieu il résulte de ce qui précède que Mme D ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23. Dès lors la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre serait entaché d'un vice de procédure, faute de saisine de la commission du titre de séjour.

6. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4, Mme D ne justifie pas de circonstances particulières de nature à lui permettre de bénéficier d'un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris les conclusions en injonction et au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Borges De Deus Correia et à la préfète de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Doulat, premier conseiller,

Mme Rogniaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le rapporteur,

F. DOULAT

La présidente,

A. TRIOLET

La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.