Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407325

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, saisi en référé par le préfet de la Haute-Savoie sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ordonne l'expulsion sans délai de M. B, ressortissant afghan, du logement qu'il occupe indûment à Cluses. La demande d'asile de M. B a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 juin 2023, et il s'est maintenu dans les lieux malgré une mise en demeure. Le juge constate que la demande d'expulsion, fondée sur l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse et présente un caractère d'urgence et d'utilité, le maintien de M. B faisant obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile dans un contexte de saturation des places d'hébergement. L'ordonnance autorise le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée si nécessaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de M. C B du logement qu'il occupe Huda FOL74, 9 boulevard du Chevran, appartement 403 à Cluses (74300) ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée de M. B.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent pour statuer sur la requête ;

- la requête est recevable ;

- la demande d'expulsion, présentée en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. B a été définitivement débouté de sa demande d'asile et qu'il occupe irrégulièrement un lieu d'hébergement, malgré une mise en demeure d'avoir à le quitter ;

- la mesure sollicitée présente un caractère d'urgence et d'utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d'asile, pour lesquels les lieux d'hébergement sont saturés.

La requête a été régulièrement communiqué à M. B qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bourechak, greffière d'audience, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité afghane, a été admis le 17 juin 2022 dans un hébergement pour demandeurs d'asile situé à Cluses et géré par l'association FOL74. La demande d'asile de M. B a été rejetée le 12 juin 2023 par la Cour nationale du droit d'asile et il a fait l'objet le 19 septembre 2023 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire dans le délai d'un mois dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif le 30 novembre 2023. Par courrier du 19 janvier 2023, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a adressé une notification de sortie de son lieu d'hébergement sans délai. M. B s'est maintenu indûment dans son lieu d'hébergement, en dépit d'une mise en demeure de quitter les lieux du 11 décembre 2023. Le 6 février 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a déclaré irrecevable sa demande de réexamen, décision confirmée le 3 mai 2024 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 18 juillet 2024, l'Office a déclaré irrecevable sa troisième demande de réexamen. Par la présente requête, le préfet de la Haute-Savoie demande au juge des référés saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. B du lieu d'hébergement qu'il occupe indûment et d'autoriser, en cas de besoin, le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles

L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile de demandeurs d'asile dont les demandes ont été définitivement rejetées, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Le préfet de la Haute-Savoie expose que le département dispose de 1 087 places d'hébergement pour demandeurs d'asile éligibles aux conditions matérielles d'accueil. Le taux de présence indue est de 13,1 % pour l'ensemble des structures du département et de 12,7 % pour les HUDA de Haute-Savoie au 30 juillet 2024 alors que 369 demandeurs d'asile ne sont pas hébergés. En outre, le dispositif d'hébergement d'urgence est lui-même saturé.

6. M. B n'a pas produit de mémoire et défense et la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner son expulsion sans délai de l'appartement qu'il occupe sans droit ni titre. En l'absence de départ volontaire, le préfet de la Haute-Savoie est autorisé de faire procéder à son évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de l'intéressé, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. B de quitter sans délai le logement qu'il occupe Huda FOL74, 9 boulevard du Chevran, appartement 403 à Cluses (74800).

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. B, le préfet de la Haute-Savoie pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de l'intéressé, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à M. C B.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Fait à Grenoble le 17 octobre 2024.

Le juge des référés,

J. P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.