Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407416

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407416
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 10 juillet 2024 par laquelle la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne-Rhône-Alpes a refusé la reprise d'un contrat d'apprentissage. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la société requérante ne démontrant pas de conséquences difficilement réparables, et a relevé qu'il lui était loisible de contester la légalité de la décision devant le juge prud'homal. La requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner le doute sérieux sur la légalité de la décision, en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024, la SAS SCDL, représentée par la SAS Epsilon, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution de la décision du 10 juillet 2024 par laquelle la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne-Rhône-Alpes a refusé la reprise du contrat d'apprentissage signé avec M. A B ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Le 6 janvier 2024, la SAS SCDL a conclu avec M. A B, né en 2008, un contrat d'apprentissage en vue de préparer un CAP de cuisine. Le 13 juin 2024, la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Auvergne-Rhône-Alpes a prononcé la suspension de ce contrat. Par une décision du 10 juillet 2024, elle a refusé la reprise du contrat sur le fondement des dispositions de l'article L. 6225-5 du code du travail. La SAS SCDL demande la suspension de l'exécution de cette décision.

3. Aux termes de l'article L. 6225-5 du code du travail : " Dans le délai de quinze jours à compter du constat de l'agent de contrôle, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi se prononce sur la reprise de l'exécution du contrat d'apprentissage. / Le refus d'autoriser la reprise de l'exécution du contrat d'apprentissage entraîne la rupture de ce contrat à la date de notification du refus aux parties. Dans ce cas, l'employeur verse à l'apprenti les sommes dont il aurait été redevable si le contrat s'était poursuivi jusqu'à son terme ou jusqu'au terme de la période d'apprentissage. ".

4. Pour justifier de la condition d'urgence, la SAS SCDL fait valoir que M. B l'a assignée devant la formation de référé du conseil de prud'hommes d'Annecy d'une action fondée sur la rupture de son contrat d'apprentissage. Cependant, cette circonstance ne suffit pas à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative alors, d'une part, qu'il est loisible à la société requérante de contester devant le juge prud'hommal la légalité de la décision administrative entraînant la rupture du contrat d'apprentissage et qu'il appartiendra, le cas échéant, à ce dernier d'apprécier le caractère sérieux de cette contestation, d'autre part et en tout état de cause, que la société requérante ne démontre pas que le prononcé par la formation de référé du conseil de prud'hommes des mesures qui lui sont demandées par M. B aurait pour elle des conséquences difficilement réparables. Dans ces circonstances, la condition de l'urgence ne peut être regardée comme remplie. Il suit de là que la requête de la SAS SCDL doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SAS SCDL est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS SCDL.

Fait à Grenoble, le 3 octobre 2024.

Le juge des référés,

V. C

La République mande et ordonne au ministre du travail et de l'emploi en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.