Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407462
mercredi 18 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407462 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 septembre 2024 et 23 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Letellier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle est irrégulière à défaut pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour alors qu'elle est présente en France depuis dix ans et qu'il aurait dû se prononcer d'office sur son droit au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ajoute à l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile la condition que l'étranger bénéficie d'un visa de long séjour et en ce qu'aucune autorisation de travail ne lui a été demandée lors du dépôt de sa demande ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2024, le préfet de la Drôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que Mme A a volontairement quitté le territoire le 13 juin 2024 ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre la République française et la République du Cameroun sur la circulation et le séjour des personnes signée à Yaoundé le 24 janvier 1994, et publiée par le décret n° 96-1033 du 25 novembre 1996 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Rogniaux a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 15 janvier 1993, est entrée en France le 21 octobre 2013 sous couvert d'un visa obtenu en sa qualité d'étudiante. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en la même qualité, renouvelé plusieurs fois, ayant expiré le 31 décembre 2021. Elle a ensuite obtenu une autorisation provisoire de séjour du 7 août 2023 au 6 février 2024. Le 29 janvier 2024, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision attaquée du 28 février 2024, le préfet de la Drôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Le 13 juin 2024, elle a exécuté son obligation de quitter le territoire français, en bénéficiant d'une aide au retour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le droit au séjour
2. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par la requérante sur le fondement d'une activité salariée le préfet lui a opposé l'absence d'un visa de long séjour et d'une autorisation de travail.
3. En premier lieu, l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". La convention entre la France et le Cameroun visée ci-dessus ne prévoit pas de dérogation à ces dispositions.
4. Lors du dépôt de sa demande le 29 janvier 2024, Mme A n'était plus titulaire d'un titre de séjour depuis plusieurs années. Elle devait par conséquent être regardée comme formant une première demande de titre de séjour et, à ce titre, être en possession d'un visa valable pour une durée supérieure à trois mois tel qu'exigé par les dispositions susvisées, qui ne prévoient pas de dérogation pour les titulaires d'une autorisation provisoire de séjour. Or elle ne conteste pas qu'elle ne disposait pas d'un tel visa lors de sa demande. Le préfet était dès lors fondé à lui opposer ce motif pour rejeter sa demande.
5. En deuxième lieu, l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ".
6. En se bornant à indiquer qu'elle n'a pas été informée de cette condition et à produire une attestation de son employeur ainsi que des bulletins de paie, Mme A ne conteste pas sérieusement le second motif de rejet de sa demande de titre de séjour.
En ce qui concerne le droit à régularisation
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
8. Si Mme A invoque les conséquences du refus de titre de séjour sur sa vie privée et familiale, il y a lieu de relever qu'elle n'est arrivée en France qu'à l'âge de 20 ans, dans le but de poursuivre des études, et non d'y installer le centre de ses intérêts. Bien qu'elle invoque la présence en France de cousins et de sa mère, de nationalité française, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine dans lequel elle ne conteste pas avoir vécu toute son enfance et son adolescence. En outre, son activité professionnelle en France reste très récente. Dans ces conditions, nonobstant la durée de son séjour en qualité d'étudiante, la décision attaquée ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le vice de procédure
9. Si Mme A fait valoir que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour, le refus de délivrer un titre fondé sur l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'exige pas une telle saisine, de plus fort alors qu'elle n'en remplit pas les conditions ainsi qu'il a été dit. Il est constant qu'elle n'a pas formé de demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code et elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Drôme était tenu d'examiner d'office si elle remplissait les conditions prévues par ces dispositions. La durée de présence en France de la requérante est sans incidence pour l'application des dispositions de l'article L. 432-13 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. Pour les motifs invoqués au point 8, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de plus fort alors que la requérante a volontairement exécuté ladite obligation.
12. Il en résulte que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de cette décision doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté en litige, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Letellier et au préfet de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Doulat, premier conseiller,
Mme Rogniaux, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2024.
La rapporteure,
A. Rogniaux
La greffière,
J. Bonino
La présidente,
A. Triolet
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.