Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407469

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARTIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. D, ressortissant nigérian, qui demandait l'annulation de l'arrêté préfectoral du 29 septembre 2024 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen de la situation personnelle. Il a jugé que l'éloignement de M. D constituait toujours une perspective raisonnable, conformément à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme n'était pas suffisamment étayé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrée les 1er et 9 octobre 2024, M. E D, représenté par Me Martin, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours avec obligation de présentation deux fois par semaine.

Il soutient que :

- le signataire de la décision contestée était incompétent pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la perspective de son éloignement n'a plus de caractère raisonnable ;

- elle méconnaît l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Derollepot pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Martin pour M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 1er février 2024, le préfet de l'Isère a obligé M. D, ressortissant nigérian, à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Dans la perspective de l'exécution de cette obligation de quitter le territoire, le préfet de l'Isère a, par arrêté du 29 septembre 2024, assigné à résidence M. D, arrêté dont ce dernier en demande l'annulation.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, M. A C, sous-préfet de Vienne, signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 21 août 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n°38-2023-169. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et eu séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

5. En l'espèce, la décision attaquée expose, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de M. D, sur lesquelles elle se fonde. Elles permettent à l'intéressé d'en comprendre le sens et la portée à leur seule lecture et ainsi de les contester utilement, comme au juge d'en contrôler les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté manque en fait. Compte tenu de cette motivation, la décision en litige n'est pas davantage entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré () ".

7. La mention dans la décision attaquée que M. D n'a pas remis son passeport et s'engage à le remettre au premier pointage et la circonstance qu'il a déclaré, lors de son audition du 29 septembre 2024 par les services de la compagnie de gendarmerie de Grenoble qu'il lui avait été dit que ses papiers avaient expirés ne permettent pas de considérer que son éloignement ne constituait pas, à la date de la décision attaquée, une perspective raisonnable. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en décidant son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, le préfet de l'Isère aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En se bornant, sans aucune autre précision, à soutenir que l'assignation méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du fait de l'atteinte porté à sa vie privée et familiale, M. D n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Isère du 29 septembre 2024. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions de son conseil tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Martin et au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné

A. Derollepot

Le greffier

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.