Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407470

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407470
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a suspendu la décision implicite de refus de renouvellement de la carte de résident de Mme A, ressortissante comorienne. Constatant l'urgence liée à un risque imminent de licenciement et une carence injustifiée de l'administration, le juge a retenu une atteinte grave et manifestement illégale au droit au travail. Il a enjoint au préfet de l'Isère de convoquer Mme A sous 48 heures pour lui remettre un document l'autorisant à séjourner et travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 000 euros à Mme A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2024, Mme C A, représentée par Me Margat, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision par laquelle le préfet de l'Isère a implicitement refusé de renouveler sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, dans un délai de 48 heures sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour d'une durée de six mois et l'autorisant à travailler ou une attestation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que

L'urgence est caractérisée dès lors que son employeur lui a donné jusqu'à la fin de semaine pour produire un justificatif de son droit au séjour, faute de quoi, elle sera licenciée ; qu'elle est la seule à pourvoir aux besoins de son couple et de leurs cinq enfants ; que le versement des prestations familiales est suspendu et qu'elle doit rembourser 1 310 euros de prestations perçues à compter de l'expiration de son récépissé ;

Il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au travail alors que son droit au séjour n'est pas contesté.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Palmer, greffier, Mme B a lu son rapport et entendu les observations de Me Margat, qui maintient les demandes et moyens développés par écrit en indiquant que sa cliente travaille ce jour mais, avec interdiction d'échanger avec ses collègues et que son licenciement est imminent si elle ne peut justifier de la régularité de sa situation.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Ressortissante comorienne née en 1979, Mme A était en dernier lieu autorisée au séjour en France par une carte de résident de dix ans qui a expiré le 14 mars 2024. Elle justifie en avoir demandé le renouvellement et s'être ainsi vu délivrer un récépissé valable du 12 mars au 14 septembre 2024. Si elle ne justifie pas des démarches accomplies avant le 13 septembre 2024, il est constant qu'elle n'a pu obtenir de rendez-vous en préfecture depuis et justifié qu'elle ne pourrait en obtenir un avant le 28 octobre 2024.

3. Au vu du risque imminent de licenciement dont Mme A justifie, l'urgence au sens des dispositions citées au point 1 est caractérisée.

4. La carence de l'administration dans le renouvellement de la carte de résident, qui a fait naître un rejet implicite, que ni les éléments du dossier, ni le préfet qui n'a pas défendu, ne permet de justifier, porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au travail de Mme A.

5. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Isère de donner à Mme A un rendez-vous qui aura lieu dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, afin de lui remettre un document l'autorisant à séjourner et travailler. Il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Isère de donner à Mme A un rendez-vous qui aura lieu dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, afin de lui remettre un document l'autorisant à séjourner et travailler.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 2 octobre 2024.

La juge des référés,

A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.