Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407499

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407499
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du préfet de l'Isère refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, l'intéressé ne pouvant plus exercer son activité professionnelle, et que le moyen tiré du caractère complet du dossier au regard des articles R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était propre à créer un doute sérieux sur la légalité du refus. En conséquence, il a enjoint au préfet de fixer un nouveau rendez-vous sous sept jours, sans astreinte, et a condamné l'État à verser 600 euros à l'avocat de M. A au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2024, M. A, représenté par Me Cans, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui accorder un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et de lui délivrer un récépissé de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- le motif du refus d'enregistrement tiré de ce que son dossier n'était pas complet faute de produire une autorisation de travail n'est pas susceptible de légalement fonder cette décision dans la mesure où cette pièce n'est pas exigée pour les demandes de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale en application de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de délivrance d'un récépissé méconnaît les articles R. 431-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n°247498.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 17 octobre 2024 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Cans, pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A s'est présenté en préfecture le 23 août 2024 pour déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention vie privée et familiale. L'agent a refusé d'enregistrer sa demande au motif qu'il ne présentait pas une autorisation de travail. M. A entend demander la suspension de l'exécution du refus d'enregistrement ainsi que du refus de lui délivrer un récepissé.

Sur la demande de suspension d'exécution :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

4. En l'espèce, M. A fait valoir que faute d'avoir pu enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour il ne peut plus pratiquer son activité professionnelle de mécanicien et se retrouve dans l'angoisse d'une arrestation. La condition d'urgence apparaît ainsi remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que son dossier était complet au regard des articles R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'annexe 10 de ce code est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. A. Il y a lieu en revanche de préciser que même illégale, la décision refusant l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. A n'a pu faire naître de décision de refus de délivrance d'un récépissé dans la mesure où le requérant n'a de fait pas été admis à souscrire une demande de titre de séjour au sens de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions d'injonction :

6. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de fixer une nouvelle date de rendez-vous pour permettre à M. A de déposer son dossier de demande de titre de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros à verser à Me Cans au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de la décision de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour du préfet de l'Isère est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de l'Isère de de fixer une nouvelle date de rendez-vous pour permettre à M. A de déposer son dossier de demande de titre de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 :L'Etat versera à Me Cans la somme de 600 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A, à Me Cans et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le juge des référés,

J. B

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407499